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Ultra-libéralisme

De Wikiberal.

(Redirigé depuis Ultralibéralisme)

Le terme d'ultra-libéralisme, voire parfois de néolibéralisme, est une étiquette politique péjorative qui désigne, pour ses détracteurs, l'adhésion sans réserve à un ensemble de doctrines économiques libérales. Il est à souligner qu'aucun économiste ni aucun politicien ne se désigne comme ultralibéral. Ces derniers se déclarent plutôt libéraux ou encore libertariens.

Selon ses détracteurs, les figures de proue de ce « néolibéralisme » seraient l'économiste monétariste Milton Friedman, Prix Nobel en l'économie, et l'école de Chicago qu'il a fondée. Les dirigeants politiques des années 1980 que sont Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis, sont souvent aussi considérés comme des emblèmes du néolibéralisme. Ces personnalités ne se définissent pas elles-mêmes comme ultra-libérales. On trouve le terme également associé avec le FMI, l'OMC, l'Union européenne...

Les opposants à l'« ultralibéralisme » sont pour l'essentiel à la gauche, mais aussi la droite conservatrice étatiste. Ils reprochent au néolibéralisme d'accroître les inégalités sociales, de réduire la souveraineté des états, et de nuire au développement du Tiers monde.

Les libéraux soulignent qu'au contraire ces phénomènes résultent de l'intervention de l'Etat et non du « vrai » libéralisme, qui repose d'abord sur le droit imprescriptible de l'individu face à toute organisation collective ou étatique. D'autres libéraux ajouteront que la notion même d'ultra ou néo est absurde en ce qui les concerne, car contrairement aux collectivismes, le libéralisme n'est ni partisan ni conflictuel, et qu'il n'a donc pas à faire avancer des intérêts particuliers avec plus ou moins de vigueur.

Sommaire

Malhonnêteté du terme

François Guillaumat estime que le terme d'ultralibéralisme, inventé par les socialistes pour détourner l'attention des désastres du collectivisme, est triplement malhonnête[1] :

  • c'est une accusation qui n'ose pas dire son nom (elle insinue que le libéralisme serait extrémiste, ou du moins que le libéralisme serait bon à condition qu'il ne soit pas « exagéré ») ;
  • ce n'est pas l'injustice qui serait mauvaise, mais l'extrémisme en matière de liberté (alors que le libéralisme a toujours affirmé que la liberté des uns s'arrête où commence celle des autres);
  • le but est, dans la tradition sophistique, de manipuler les gens par un anti-concept qui ne correspond pas à une réalité, mais dont le but est de susciter une impression, une émotion chez l'interlocuteur (en faisant appel à son irrationalité).

Pascal Salin écrit pour sa part dans Libéralisme que ceux qui parlent d'ultralibéralisme le font « pour suggérer l'idée que les libéraux sont des extrémistes politiques, proches d'une extrême droite autoritaire, dont ils sont en réalité aux antipodes ». Cette confusion sémantique volontaire est facilité selon lui par l'existence de deux approches du libéralisme : une approche utilitariste et une approche fondée sur le droit naturel ; tout rejet de l'utilitarisme conduirait à être « immédiatement taxé d'"ultra-libéralisme" par ceux qu'on devrait être tenté d'appeler les "ultra-social-démocrates" ou les "ultra-centristes" »[2]. Salin considère à l'opposé de la vision utilitariste le libéralisme comme un tout cohérent, qu'il est impossible de diviser en libéralisme « avancé », « social » ou « ultra ». Selon lui, il n'y a pas de libéralisme « hémiplégique »[3].

Cette réfutation du terme d'« ultra-libéralisme » est partagée par d'autres penseurs et économistes non libéraux :

Certains penseurs comme le philosophe et politologue Pierre-André Taguieff[4] ont dénoncé l'utilisation d'« ultra-libéralisme », de « néo-libéralisme » et plus généralement d'un vocabulaire destiné à discréditer et à « excommunier » ceux qui sont visés par ces qualificatifs[5] et qui s'apparente à du terrorisme intellectuel. Selon Taguieff, « ultra-libéral » est utilisé aux mêmes fins que « passéiste », « réactionnaire » ou « xénophobe » pour inventer un ennemi et lancer une « chasse aux sorcières »[6]. Pour The Economist, il s'agit d'un terme utilisé pour faire peur et créer de la « panique »[7].

Alain Wolfelsperger va plus loin dans la critique de ce processus linguistique : il considère que le terme est une insulte qui ressort du « style paranoïde » et est caractéristique d'un certain « conspirationnisme » des « ultra-antilibéraux » qui « fantasment » ce qu'est réellement le libéralisme[8].

Plus récemment, l'homme politique Hervé Morin notait que : « Il est très préoccupant pour notre pays de constater que plus personne ne semble pouvoir revendiquer cette liberté [d'entreprendre] sans être aussitôt qualifié d’«ultralibéral», formule qui est une sorte d’équivalent du cynisme absolu ! »[9]

Présenté de façon (légèrement) ironique, le terme vise ouvertement à discréditer « toute doctrine s'écartant de la ligne définie par le camarade Kroutchev lors du congrés 1953 du PCUS »[10].

Le terme d'ultralibéral a été utilisé dès le XIXe siècle et là aussi réfuté par des auteurs qui n'y voyaient qu'un terme repoussoir destiné à discréditer la partie adverse. Ainsi, Édouard Laboulaye, écrivait-il à propos de ceux qui s'opposent à la liberté de l'enseignement, « oppose-t-on à ces doctrinaires de la République que du même coup ils tueront la liberté ? Ils ont une réponse toute prête. Ceux qui demandent la liberté d'enseignement sont des ultralibéraux, des utopistes, des rêveurs »[11].

Citations

  • « Les adversaires du libéralisme -- ceux qui se sont si lourdement et tragiquement trompés pendant des décennies -- ne pouvaient cacher leurs erreurs qu'en pratiquant la fuite en avant : au lieu de célébrer la chute du mur de Berlin comme le symbole d'un retour à la liberté individuelle, ils ont proclamé la victoire de la démocratie (c'est-à-dire d'un mode d'organisation de la société politique) et ils sont partis en guerre contre les fictions que sont l'ultra-libéralisme et le néo-libéralisme, deux concepts construits de toutes pièces par les collectivistes et dans lesquels les libéraux ne se reconnaissent pas. »
(Pascal Salin)
  • « C’est commode de désigner ses adversaires par des termes qu’on ne comprend pas soi-même. Cela fait déjà un certain temps que les démocrates-sociaux essaient de faire passer pour des extrémistes les partisans de la liberté naturelle. Le terme d’ultra-libéral vise à cela, qui n’ose pas tout à fait dire "extrémiste" mais le suggère fortement. (...) Un extrémiste, à savoir quelqu’un qui n’est pas dupe des croyances absurdes de la démocratie sociale. »
(François Guillaumat)
  • « Il n'y a pas lieu pour un libéral d'être "ultra" ou "modéré", et nul libéral ne s'est jamais prétendu l'un ou l'autre. Les socialistes, ayant peur d'argumenter avec les libéraux sur le fond, préfèrent tenter de les discréditer sans leur donner la possibilité de s'exprimer, en préfixant le nom de "libéral" du préfixe repoussoir "ultra". Utiliser le mot "ultralibéral" est un signe d'une extrême bassesse intellectuelle ou morale de la part de la personne qui le profère.
(Faré)
  • (En France) la simple expression des idées de liberté vaut à ceux qui tentent de les faire valoir des qualificatifs infamants, dont les plus aimables sont "ultralibéral" ou "libéral sauvage", tandis que "fasciste" n'est jamais très loin.
(Claude Reichman)
  • « Comment parler d’ultralibéralisme dans une société d’économie mixte où l’Etat confisque plus de 50 % de la richesse du pays ? Où est cette dictature du marché lorsque nos gouvernements augmentent les impôts au gré de leur humeur, décident de notre temps de travail, subventionnent à tout va des pans entiers de l’économie (même privée), arrosent à coups de milliards l’enseignement, le social, les associations et embauchent tous les ans des fonctionnaires supplémentaires ?  »
(Bogdan Calinescu)
  • « Le rejet du libéralisme est tel que l'expression même est aujourd'hui bannie du vocabulaire de l'honnête homme. On fustigera de préférence, dans la conversation, l'"ultralibéralisme", version fantasmatique d'une école de pensée qu'il est confortable de déconsidérer en l'affublant ainsi d'un préfixe infamant : d'un "ultra", on ne peut rien attendre de sérieux ni de positif »[12]
(Philippe Manière)

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Notes et références

  1. François Guillaumat sur lumiere101
  2. Pascal Salin, Libéralisme, Odile Jacob, 2000, pp 3-4 et 26
  3. Salin, ibid, p. 48
  4. Pierre-André Taguieff, Les contre-réactionnaires, 2005, en particulier les chapitres 1 & 2.
  5. Taguieff, ibid, p. 70
  6. Taguieff, ibid, p. 22
  7. A severe crise d'identité - France and the EU - To come, The Economist, 28 mai 2005
  8. L'ultra-antilibéralisme, Alain Wolfelsperger, 26 janvier 2007
  9. « Qui sont les centristes ? », Hervé Morin, Le Figaro, 14 mars 2008, p. 14
  10. Exobiologie
  11. Édouard Laboulaye, La liberté d'enseignement et les projets de loi de M. Jules Ferry, chap.2, pp.174-175, Les Belles Lettres, 2007, ISBN 978-2251390451
  12. Philippe Manière, L'aveuglement français, 1998, p.24

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