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Lutte des classes
De Wikiberal.
La lutte des classes est un concept qui tente d'expliquer l'histoire par les conflits entre des « classes ». Principalement connu pour sa variante marxiste, il est né dans la réflexion de certains penseurs libéraux au XIXe siècle. Les libéraux sont extrêmement critiques de la théorie marxiste et opposent à la vision belliciste du communisme la société ouverte libérale.
Sommaire |
Origines
La lutte des classes est un concept dont la paternité est attribuée à tort à Karl Marx. Or ce sont les libéraux français de la Restauration, tels que Charles Comte et Charles Dunoyer, qui l'ont élaborée. Bien entendu, le sens accordé est différent. Il s'agissait - à la suite de Jean-Baptiste Say et de Antoine-Louis Destutt de Tracy - de montrer que l'État était le siège de la recherche de rentes financées par l'impôt. Ainsi, il existe deux grandes classes dans la société industrielle: les producteurs de richesses - soumis à l'impôt - et les consommateurs d'impôts. Leurs intérêts sont clairement antagonistes, puisque les premiers désireront être moins taxés alors que les seconds plaideront en faveur d'une continuelle augmentation de l'imposition.
Les libéraux français (Charles Dunoyer, Charles Comte et Augustin Thierry) opposent ainsi les classes spoliatrices aux classes productives. Ils se fondent sur des exemples historiques pour valider cette opposition : les empires grecs et romains vivent de l’esclavage et de la spoliation des vaincus ; le féodalisme repose sur un système de spoliation des paysans par les élites guerrières nobles.
Marx, lui-même, reconnut qu'il avait emprunté sa théorie de la lutte des classes aux auteurs libéraux français, et cette origine apparaît clairement dans certains passages de ses écrits. Ainsi, dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, on trouve une analyse du pouvoir étatique en France entièrement dans la ligne libérale :
«Ce pouvoir exécutif, avec sa bureaucratie énorme et son organisation militaire, avec sa machinerie étatique ingénieuse, qui embrassent des couches très larges, peuplée d'une foule de fonctionnaires d'environ 500 000 personnes, à côté d'une armée de 500 000 personnes supplémentaires, avec un corps affreusement parasite qui couvre la société française comme un filet et l'étouffe... »
— Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte
La conception marxiste
Karl Marx a transformé cette théorie, inspirée également de Saint-Simon et de la dialectique du Maitre et de l'Esclave de Hegel, en prétendant que la société serait divisée, au sein même de l'activité productive, en classes économiques antagonistes : les capitalistes (qui possèdent un capital) et le prolétariat (travailleurs qui louent leur force de travail pour subsister), avec une classe intermédiaire, la petite et moyenne bourgeoisie (personnes qui possèdent leurs propres moyens de subsistance).
Il affirme, notamment dans le Manifeste du Parti communiste, que l'histoire des sociétés humaines a pour moteur la lutte des classes, et qu'à terme la bourgeoisie doit disparaître.
Dans Études philosophiques (publié en 1951), il nie explicitement la paternité du concept et explique comment il l'a enrichi:
- la lutte des classes est une simple phase de l'histoire,
- qui mène nécessairement à la dictature du prolétariat,
- elle-même simple transition vers la société sans classe.
Marx se fonde sur la même idée que Hegel selon laquelle l'histoire a un sens et une fin. La fin de l'histoire correspond à l'achèvement de l'humanité, dans une société sans classe. Pourquoi ? Marx reste ambigu.
Aux annonces messianiques de fin de la lutte des classes (donc fin/aboutissement de l'Histoire) dans la société socialiste, s'oppose la conception maoïste (voire d'Althusser qui est tributaire de la première) pour qui la lutte des classes est un principe éternel indépassable.
Point de vue libéral et libertarien
Pour les libéraux, cette conception est primaire et manichéenne, et occulte le caractère coopératif et dynamique de la vie économique. Le travailleur s'engage librement par contrat avec l'entreprise et reçoit un salaire en échange de son travail (le droit au travail n'existe pas en soi). Le profit que perçoit l'entrepreneur est la rémunération du risque qu'il prend. Les théories marxistes de la valeur-travail et de la plus-value sont erronées et aboutissent à une vision biaisée de ce qu'est réellement l'économie. Chaque individu est capitaliste, car chacun dispose de son propre capital humain.
A la différence de la théorie marxiste, la conception libérale de la lutte des classes permet d'analyser l'histoire avec des instruments beaucoup plus fins que les concepts de « bourgeoisie » et de « prolétariat ».
Alors que la vision marxiste de la lutte des classes se limite arbitrairement à l'aspect économique dépouillé de tout principe de droit ou de justice, le libertarisme revient à la définition libérale de la lutte des classes, qui découle de l'application de principes de droit : la lutte existe alors, non pas comme dans le marxisme entre « ceux qui ont » et « ceux qui n'ont pas, mais entre « ceux qui volent » ou profitent du vol (politiciens, hommes de l'État, assistés et subventionnés en tous genres) et « ceux qui sont volés » (contribuables, entrepreneurs non subventionnés, salariés ponctionnés, etc.), le vol étant défini comme le fait de s'approprier le bien d'autrui contre sa volonté.
De même que le marxisme interprète l'histoire à travers sa conception strictement économique de la lutte des classes et aboutit à une critique erronée du capitalisme, le libertarisme peut également procéder à une analyse semblable (sur des bases de droit) et réexplorer l'histoire pour montrer comment l'étatisme à toute époque, y compris dans des régimes socialistes (Capitalisme d'État) censés la dépasser, suscite la lutte des classes entre individus, ceux qui profitent de l'État, et ceux que ce dernier exploite. Les exploiteurs ne sont plus une élite guerrière ni une Noblesse, ce sont des nomenklaturistes, des technocrates, des politiciens corrompus ou des affairistes en cheville avec l'État.
Pour les anarcho-capitalistes, tel Gustave de Molinari, la politique est toujours l'arène de la lutte de classes où les propriétaires de l'État s'affrontent pour conquérir le droit de lever des impôts. Les impôts sont une continuation, avec certaines transformations purement formelles, de l'esclavage : c'est le tribut exigé par quiconque exerce le pouvoir sur les autres.
Dans la perspective libertarienne, le développement d'une « conscience de classe » (pour employer des termes marxistes) parmi ceux qui sont spoliés par l'État est la meilleure façon de lutter contre l'étatisme.
Le libéral de gauche Piero Gobetti a, pour sa part, développé une théorie intéressante. Critiquant fermement le messianisme révolutionnaire, il conçoit la lutte des classes comme une composante essentielle du processus de sélection des élites dans une société démocratique ouverte. La lutte des classes devient ainsi une condition de possibilité de la civilisation capitaliste. L'espérance de l'abolition des classes est une utopie car sa réalisation concrète détruirait le moteur évolutif du progrès. Comme la concurrence des entreprises est la condition de fonctionnement de l'économie de marché, la concurrence des classes est la condition de fonctionnement des société modernes.
La société de classes vue par les libertariens
Ce paragraphe est issu de Market anarchy glossary.
Une société étatisée peut selon les libertariens être divisée en plusieurs classes:
- la classe dirigeante exploiteuse :
- Il s'agit des hommes de l'État, qui vivent de l'impôt (les « receleurs d'impôt », selon Murray Rothbard) et ont le monopole de la violence légale. Ce sont les parasites de premier niveau : politiciens, bureaucrates, policiers, soldats, un certain nombre de fonctionnaires (percepteurs, douaniers, inspecteurs du travail, etc) dont le « travail » n'a de sens que par l'existence de l'État. On peut y rajouter tous les élus à quelque niveau que ce soit, censés gérer les « biens publics ».
- la classe des exploiteurs non dirigeants :
- Sans faire partie forcément de l'État, ces personnes bénéficient indirectement de l'existence de l'État. Ce sont :
- - les parasites de second niveau : activistes, lobbies et groupes d'intérêt, organisations et partis politiques, syndicats, associations ou corporations subventionnées par l'État (directement ou via le protectionnisme), etc.
- - les profiteurs (free riders), qui pourraient très bien exercer leurs talents dans une société non étatisée, mais qui profitent de la coercition étatique (tout en la subissant aussi sous certains aspects) : PDGs de multinationales en cheville avec les politiciens ou l'Administration, scientifiques, chercheurs ou artistes subventionnés ou « engagés » politiquement, activistes, juristes ou avocats qui bénéficient de l'arbitraire du droit positif et du maquis juridique qui en résulte, professions de santé chapeautées par la sécurité sociale, enseignants du public, sportifs des équipes nationales, etc.
- la classe des assistés :
- Il s'agit de ceux qui sont maintenus dans la pauvreté par l'État qui s'en sert comme un alibi pour justifier son interventionnisme.
- la classe des travailleurs, producteurs-esclaves :
- Tous les autres, qui ne sont ni des assistés, ni des exploiteurs (peu importe qu'ils soient salariés, entrepreneurs, ou autre). Classe la plus nombreuse, maintenue idéologiquement et légalement dans la sujétion aux autres classes.
Dans une société anarcho-capitaliste, les trois premières classes n'ont plus de raison d'être.
Lysander Spooner opérait à peu près le même genre de distinctions dans The Constitution of No Authority, distinguant les classes suivantes :
- Les scélérats, qui utilisent le gouvernement comme un instrument pour s'enrichir ;
- Les dupes, qui se croient libres en démocratie, parce qu'ils peuvent voter ;
- Ceux qui ne sont pas dupes des vices du gouvernement, mais ne savent comment s'en débarrasser, ou ne le peuvent pas, ne souhaitant pas s'engager dans une telle lutte.
Citations
- « Dans toutes les révolutions, il n'y a jamais eu que deux partis en présence: celui des gens qui veulent vivre de leur travail et celui des gens qui veulent vivre du travail d'autrui. Patriciens et plébéiens, esclaves et affranchis, guelfes et gibelins, roses rouges et roses blanches, libéraux et serviles, ne sont que des variétés de la même espèce ». (Adolphe Blanqui)
- « Il y a deux classes distinctes de personnes dans la nation : ceux qui payent des impôts, et ceux qui reçoivent et vivent des impôts ». (Thomas Paine)
- « Les théories de gauche et de la pseudo droite sur l'entreprise, généralement conçues et propagées par des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans une entreprise, partent de l'idée qu'il existe une opposition irréductible entre les intérêts des travailleurs et ceux des patrons. Il n'y a rien de plus contraire à la réalité, au moins dans un marché libre. Car dans un marché libre, il n'y a pas de chômage permanent, et les patrons sont en concurrence les uns avec les autres pour attirer les meilleurs salariés ». (Jacques de Guenin)
- « Ceux qui ont recours à la violence aujourd'hui pour assurer leur revenu, à l'instar des seigneurs féodaux, sont les employés du secteur public. Ces fonctionnaires ne gagnent pas leur salaire en fournissant un service que les gens désirent suffisamment pour vouloir le payer. Les employés de l'État se servent tout simplement, en usant de la contrainte, de la grève, du racket, des impôts. Ce sont eux la nouvelle classe dominante. Nous sommes les exploités. Il est bien clair que la lutte des classes n'est pas finie. Nous sommes toujours face à nos exploiteurs, classe contre classe. Pourquoi l'exploitation par la classe dominante des employés de l'État n'apparaît pas évidente aux yeux de tous? Parce que la plupart des gens en Europe ne comprennent pas que l'impôt est du vol et que les interventions des hommes de l'État dans la vie économique et notre vie privée sont des violences illégitimes ». (Christian Michel)
- « Si Marx avait compris que le fondement de la valeur n’était pas le travail mais l’utilité, il n’aurait pas commis l’erreur de considérer le prolétariat en tant que classe exploitée. L’existence d’échanges non contraints ne laisse d’ailleurs pas de place à l’exploitation dans la mesure où il ne peut y avoir d’échange sans que chacune des parties n’y trouve son intérêt ». (Prégentil)
- « Les libertariens doivent développer une conscience de classe marquée, non pas dans le sens marxiste du terme, mais dans le sens de reconnaître qu’il existe une nette distinction entre ceux qui paient les impôts (les exploités) et ceux qui les consomment (les exploiteurs) ». (Hans-Hermann Hoppe)
- « Vous ne pouvez pas favoriser la fraternité humaine en encourageant la lutte des classes ». (Abraham Lincoln, Déclaration au Congrès, 1860)
- « Dès l'origine des sociétés, une lutte incessante s'est établie entre les oppresseurs et les opprimés, les spoliateurs et les spoliés ; dès l'origine des sociétés, l'humanité a tendu constamment vers l'affranchissement de la propriété. L'histoire est pleine de cette grande lutte ! D'un côté, vous voyez les oppresseurs défendant les privilèges qu'ils se sont attribués sur la propriété d'autrui ; de l'autre, les opprimés réclamant la suppression de ces privilèges iniques et odieux ». (Gustave de Molinari)
Voir aussi
- Le Libéralisme français sous la Restauration
- Parasitisme
- Marxisme
- Exploitation
- Matérialisme historique
- Plus-value
- Baisse tendancielle du taux de profit
Liens externes
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|---|---|
| Classe, Lutte Des Classes :, shadokismes sociologiques (for) | |
- (fr)Raico sur les libéraux français et la lutte des classes
- (fr)La nouvelle lutte des classes par Christian Michel
- (fr)La lutte des classes n'est pas finie par Christian Michel
- (fr)L'analyse de classe marxiste et celle des Autrichiens par Hans-Hermann Hoppe
- (en)Classical Liberal Roots of the Marxist Doctrine of Classes par Ralph Raico
- (fr)Marx, la lutte des classes
- (en)The Goal Is Freedom: Class Struggle Rightly Conceived par Sheldon L. Richman
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