Occident

De Wikiberal
B0.jpg Discussions sur le forum
Pourquoi Le Libéralisme Est-il Né En Occident?, Est-ce vraiment le cas? (for)
Qu'est-ce Que L'occident ?, Philippe Nemo (for)

Le problème des repères géographiques

Un problème de repère se pose, lorsque l'on consulte une mappemonde. En effet, on est soit plus à l'est soit plus à l'ouest de ceux qui nous " entourent " :

Par exemple, si on prend l'Europe au centre de la mappemonde, les USA sont à l'ouest et la Russie, la Chine et l'Inde sont à l'est. En revanche, si l'on prend les USA au centre de la mappemonde, les repères changent, en conséquence.

En effet, le terme d'Occident est un terme "piège" ou "singulier" concernant seulement la géographie. Pour cela, deux exemples sont éloquents :

  1. Le Maroc, situé à l'Ouest de la France et de l'Espagne, est pourtant un pays oriental, en raison de la continuité musulmane et maghrébine en Afrique du Nord.
  2. La Nouvelle-Zélande et l'Australie, pourtant situés, en Asie du Sud Est, sont des pays occidentaux, en raison des liens avec la Grande-Bretagne, d'une part, de l'organisation politique et économique, d'autre part, et des influences culturelles et religieuses, en troisième lieu.

Qu'est-ce que l'Occident ?

La première définition de l'Occident vient des anciennes civilisations. En effet, elles avaient déjà une définition métaphysique commune de l'Occident et de l'Orient. L'Orient avait pour connotation symbolique la Naissance ou la Génération pour vouloir montrer la levée du jour par le lever du Soleil à l'Est. En revanche, l'Occident était interprété comme la Mort, ou le crépuscule, de par le coucher du Soleil à l'Ouest. On retrouve cette définition aussi bien dans la Civilisation égyptienne que gréco-latine ou celte.

Par la suite, la définition du terme « Occident » provient de la division de la chrétienté en deux, pendant le Moyen-Age : l'empire d'Occident, et l'empire d'orient de rite byzantin. Par rapport à l'époque précédente, la définition de l'Occident a complètement changé de sens, puisqu'elle a abandonné le caractère métaphysique initial, énoncé précédemment, et est devenue une définition plus politique et religieuse.

Ces termes sont renforcés, lors de la Guerre froide, par les vocables Europe de l'Ouest (USA) et Europe de l'Est (URSS). Mais, du fait de l'effondrement du communisme, les État-nations « orientaux » mais européens ont rejoint l'Occident.

Pour Philippe Nemo, la civilisation occidentale peut se définir par les traits suivants :

  • l'héritage grec (la cité et la science grecques)
  • l'invention du droit privé (Rome)
  • l'héritage biblique
  • la "Révolution papale" médiévale (l'homme est l'acteur de son histoire)
  • la démocratie libérale moderne.


Si la notion de civilisation ne s'oppose pas à l'universalisme des libéraux (car être traité de la même manière - Rule of Law - ne réclame pas des individus qu'ils soient identiques), n'y a-t-il pas cependant, sous les différents visages de l'Autre, un unique Même fondamental qui ferait que sous l'apparence des choses une même structure d'opposition se retrouve et divise courants religieux, politiques, scientifiques, de tous temps et de tous lieux ?

L'Occident n'est-il qu'une notion-refuge pour des collectivistes-culturalistes crispés face à l'Islam ou à tendance conservatrice (Edmund Burke, Louis Rougier) ?

Question de taxonomie

Visions bipolaires

Occident versus Orient : une telle « découpe » amalgame en un seul bloc Chinois, Indiens, Arabes, Russes, etc., ce qui est très « occidentocentrique ». Se pose la question de la frontière entre les deux « civilisations »... De ce point de vue la Turquie fait-elle partie de l'Orient ou de l'Occident ? Les musulmans font-ils partie de la civilisation occidentale ?

« Il me semble essentiel de bien comprendre qu'à ce titre [le nombre de musulmans vivant en Occident], l'Islam appartient totalement à l'Occident, ainsi que de reconnaître que l'Occident est devenu ce qu'il est grâce et par l'Islam[1]. (...) En vérité, quoiqu'on en dise souvent, l'Occident ne s'arrête pas au Bosphore; il s'étend jusqu'à l'Indus. »
Tony Sullivan, « L'Islam et l'Occident ».

La vision de Tom Sullivan est pourtant diamétralement opposée à celle d'Alexandre del Valle.

En effet, Alexandre del Valle considère que l'Islam ne peut, en aucun cas, être occidental (voir ses ouvrages, comme Le Totalitarisme islamique à l'assaut de l'Occident ).

La mondialisation ne rend-elle pas la notion caduque - et la mondialisation n'est-elle pas bien plus vieille qu'on ne le croit ?
Occident comme monde moderne: ainsi via son avance technologique (elle-même fruit d'une pensée rationnelle qui aurait abandonné les explications mystiques (pourquoi permanence des instincts « ataviques » du tribalisme et de la vieille morale ?), l'Occident serait le phare du monde car détenteur de la flamme de la Modernité, et avec elle le libéralisme (cf. société ouverte) qui en est l'idéologie adéquate s'oppose à un monde archaïsant (tribal/collectiviste, moyen-âgeux, féodal). De ce point de vue, non plus géographico-culturel mais en tant que développement d'une sorte de "superstructure" juridico-culturelle (le droit romain, la démocratie libérale) on deviendrait occidental comme on devient riche, et vice et versa. Ainsi le Japon, asiatique deviendrait sous l'ère des Meiji occidental (remarque: bénéficient-ils des héritages grec et biblique ainsi que de la révolution papale, via des formes d'institutions occidentales qui les incorporent ?) alors que les pays fascistes, nazis ou communistes seraient rétrogrades, non-civilisés, etc. Allemagne, Italie, Espagne, Russie auraient-elles perdues leur statut d'occidentales pendant leurs années d'errance totalitaire ?. La France soviétiforme, semi-occidentale ? Occident = monde anglo-saxon ?

Mais cela n'est-il pas qu'un éthnocentrisme paré des vêtements de la science ? Un progressisme historiciste qui s'ignore ?

Visions pluralistes

Occident comme civilisation, ou comme une de des neuf aires culturelles/religieuses à la façon de Huntington ? Mais un esprit du capitalisme universel, véhiculé par les marchands, n'est-il pas plus profond que les différences religieuses ?

Occident et capitalisme

Le capitalisme est-il l'apanage de l'Occident ?

  • Facteurs culturels (religieux, philosophiques) qui mèneraient à une réponse affirmative.

Il faut situer, alors, cet essor économique de l'Europe du Nord, dans le contexte de la Réforme chrétienne. Les christianismes puritains (ou protestantismes) se sont développés en Europe du nord. Le luthéranisme s'est développé en Allemagne. L'anglicanisme a connu un essor en Grande-Bretagne. Le calvinisme s'est constitué en Suisse. Le jansénisme, bien qu'il "appartienne" à la religion catholique, et pourtant proche des conceptions du protestantisme, a été instauré aux Pays-Bas. Les autres formes de protestantismes se sont crées en Scandinavie. Ces christianismes puritains, en raison des conceptions admettant l'utilisation de l'argent, ont été les origines du libéralisme, en Europe du Nord.

En effet, d'après Max Weber, le capitalisme occidental serait dû au protestantisme et à la rationalisation de la pensée, bien que dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, il affirme que l'éthos capitaliste se trouve « non seulement dans les sociétés que l'on qualifie habituellement de capitalistes (et dont on date l'émergence à la fin du Moyen Âge en Europe occidentale), mais aussi dans l'Antiquité et dans d'autres civilisations. ». Ce qui relativise beaucoup la réponse positive. Si le protestantisme est surtout la reconnaissance de la raison individuelle (vs l'infaillibilité du pape et la centralisation de la pensée dans l’Église catholique), il faudrait se demander alors pourquoi d'autres religions n'ont pas suivi cette même évolution. C'est oublier aussi que la religion juive n'a connu aucune ambiguïté dans ses rapports à l'argent et au commerce et ce, bien avant la religion chrétienne qui en provient, et bien avant que l'on parle d'Occident.
Il faut rappeler, en outre, que parmi les pères de la philosophie grecque, c'est-à-dire de la raison contre les sophistes (et bien que Platon, par exemple, fasse très souvent appel au mythe), Platon et Aristote, l'un refuse le commerce en s'efforçant de créer des conditions autarciques (République, Lois) pour ses cités idéales et l'autre théorise à propos de l'argent (Politiques, I, 9) de manière très partiale...
Faut-il suivre un schéma comtien et voir dans le monothéisme le passage à une pensée métaphysique abandonnant partiellement le mode d'explication théologique, pour amorcer un passage vers un esprit positif dont le capitalisme serait la résultante, d'où le libéralisme qui en est la "superstructure" ?
Par rapport à l'héritage biblique tel que le voit Philippe Nemo : n'est-ce pas par rupture avec lui, que les Lumières écossaises ont théorisées la société de marché ? Cette philosophie n'est-elle pas un simple épiphénomène culturel, conscience de ce que les commerçants pensaient/vivaient en acte muettement depuis la nuit des temps ? L'esprit du capitalisme serait donc aussi vieux que le monde mais sans cesse combattu par d'autres pensées anti-capitalistes. Certaines religions, comme l'écologisme des indiens d'Amérique, le bouddhisme ou l'hindouisme seraient incompatibles avec le capitalisme, quand le catholicisme serait simplement collectiviste, et dans l'affrontement entre ces deux positions l'esprit capitaliste l'aurait emporté (malgré tout) en Europe. Cf. Louis Dumont

  • Raisons historiques qui conduisent à une réponse négative.

Le Capitalisme n'est pas le fait de l'Occident. En effet, déjà, dès la plus haute Antiquité, les civilisations sumérienne, babylonienne, mésopotamienne, avaient développé un certain capitalisme, avec l'établissement de contrats bilatéraux, entre vendeurs et acheteurs, sur des tablettes en argiles, en vue d'échanges commerciaux et économiques.

L'ouvrage La Présomption Fatale de Friedrich Hayek confirme aussi que le capitalisme est aussi né dans le Proche Orient. Friedrich Hayek évoque, en effet, comme point d'origine du capitalisme la Turquie de Çatal Hüyük. En effet, sur ce plan, les Hittites partagent les mêmes conceptions du libéralisme que les Mésopotamiens.

Pour Claude Jessua (via Fernand Braudel ?), le capitalisme est donc né de l'esprit d'entreprise, donc de la liberté (cf. avantage de l'ordre spontané sur le dirigisme), et non d'une différence culturelle... Cela repousse la question d'un cran : pourquoi la liberté est-elle apparue en certains pays (Hollande, Angleterre, petites villes-républiques souveraines) et pas dans d'autres ? Sans doute obligées de faire du commerce pour survivre, il y aurait un rapport entre leur petitesse, donc l'impossibilité de poursuivre toute politique autarcique, et le libre-échange => le commerce => la liberté d'entreprise => le polycentrisme et l'efficacité qui en est le corollaire. Mais alors pourquoi d'autres peuples connaissant la même situation historico-économique n'ont-ils pas développé la même "superstructure" religio-économique ?

En effet, au XVème siècle, sous l'ère d'Edo, le Japon avait adopté une forme de libéralisme artisanal, mais d'une importance considérable, notamment à Osaka - Kobé - Nagoya où des commerces créaient des produits manufacturés de très haute perfection, comme les textiles, les laques, les ivoires célèbres, les ouvrages littéraires.

La religion chrétienne et l'Occident

Occident comme creuset de la chrétienté.

Cette conception est, d'une certaine façon, paradoxale. En effet, le Christianisme a pris racine en Judée-Samarie-Palestine, en raison de l'origine hébreu de Jésus-Christ ( dans cette optique, le Christianisme peut être considéré comme une Religion orientale ), alors que l'Occident, à la même époque, était païen et celto-romain. Comment un " croisement " a-t-il pu se faire ?

Capitalisme via le protestantisme ? Thèse de Max Weber dans L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Ne faut-il pas plutôt parler de religions monothéistes (métaphysique), qui, selon, le schéma progressiste des trois états de Comte aurait permis l'essor du capitalisme grâce à la sortie de la pensée théologique ?

Bibliographie

Pistes de lectures:

Citations

  • L'Occident mourra, c'est une certitude. La pourriture est au cœur même de l'arbre. Les morceaux putréfiés seront dévorés par des masses de petits et grands charognards venus du tiers-monde, et qui déjà sont accourus à l'odeur du mourant. (...) Dans tous les cas, c'en sera fini de l'Occident (post)chrétien qui conquit un jour le monde. Il ne restera que des débris, de quoi reconstituer un musée d'une civilisation disparue, d'un peuple qui s'est suicidé au nom d'une religion auto-destructrice, pour laisser place à de nouveaux occupants certes barbares par de nombreux aspects, mais du moins pas suicidaires. L'un dans l'autre, le plus barbare des deux n'est pas celui qu'on croit. (Faré, 11/07/2013)
  • L'Occident est issu de trois collines : le Golgotha, l'Acropole d'Athènes et le Capitole de Rome. Elles trois ont créé intellectuellement l'Occident, et on peut les voir toutes les trois, on doit les voir, comme une unité. (Theodor Heuss, 16 septembre 1950)

Liens externes

*****

  1. ^  En commençant par se demander grâce à qui le fameux héritage grec est arrivé jusqu'aux scolastiques.

3835-22604.png Accédez d'un seul coup d’œil au portail consacré au libéralisme politique.