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Décroissance

De Wikiberal

La décroissance (parfois décroissance soutenable) est un courant politique à la fortune récente qui s'oppose à la croissance économique et prône à l'inverse une croissance négative ou décroissance pour le bien de l'humanité. Ce mouvement s'inscrit dans la filiation intellectuelle des adversaires du progrès scientifique, de Thomas Malthus et des luddistes. On retrouve donc ses partisans à droite (Alain de Benoist) comme à gauche même si seuls ceux de gauche utilisent cette étiquette. Dans les deux cas, on retrouve une exaltation d'un état naturel dépourvu d'industrie et de consumérisme, une dévalorisation de la société moderne industrielle, élément qui pervertit la pureté originelle, et une contestation radicale du libéralisme, identifié comme l'idéologie à la source du système.

Les libéraux s'opposent fortement à la décroissance, idéologie qui implique une ingénierie sociale de grande ampleur et donc la destruction des libertés individuelles. Ils soulignent que les remèdes aux problèmes environnementaux fondés sur la liberté individuelle sont beaucoup plus efficaces, ce que l'examen de l'histoire corrobore.

Sommaire

Origines

La croissance économique est un phénomène récent à l'échelle historique. Elle est apparue avec les premières économies capitalistes, en particulier les Pays-Bas du XVIIe siècle[1]. Elle a donc soulevé régulièrement les interrogations ou inquiétudes sur sa durabilité.

Les premiers économistes ont par exemple longtemps cru que l'économie se dirigeait vers un « état stationnaire » où la croissance serait « terminée ». David Ricardo ou Adam Smith font partie des classiques anglais, « pessimistes », qui croient à cet état stationnaire.

Les idées de Thomas Malthus ont également leur part dans la genèse des idées des adversaires du progrès ; de même l'héritage du moralisme est important pour les idéologues de la décroissance. Ainsi, Jean Zin, pourtant proche idéologiquement de cette mouvance de déclarer : « je déplore une dimension moralisante beaucoup trop présente à mon goût alors qu’il s’agit d’organisation sociale. [...] C’est une conception que j’ai trouvée souvent plus morale que politique, culpabilisatrice plutôt que constructive. [...] Comme dans tous les mouvements il y a une tendance au simplisme qui me décourage et me rappelle d’anciens dogmatismes. »

Une autre source d'inspiration est le courant catastrophiste qui cherche à frapper les esprits en évoquant la possibilité de cataclysmes. Les décroissants reprennent cette exagération volontaire qui est la façon de procéder avouée des catastrophistes. Ainsi, le climatologue Stephen Schneider qui revendiquait le devoir pour les scientifiques de taire leurs doutes et celui d'exagérer les menaces pour frapper les esprits. Ainsi, il écrivait en octobre 1989 dans Discover Magazine[2] :

« Nous avons besoin d'une base d'appui importante, et de capturer l'imagination du public. Bien sûr, cela inclut la couverture médiatique. Nous devons donc offrir des scénarios catastrophe (scary), affirmer des choses simplifiées et dramatiques, et faire peu mention des doutes que nous pourrions avoir. Cet « engagement à double morale » dans lequel nous nous trouvons souvent ne peut pas être résolu par une simple formule. Chacun d'entre nous doit décider de la balance précise entre l'efficacité et l'honnêteté »
    — Stephen Schneider

Ces idées, dont la fausseté a été démontrée par les économistes depuis longtemps, ont connu un regain de popularité depuis les années 1970 et le rapport Meadows du club de Rome (1972). Estimant la croissance dangereuse pour l'environnement, il demande, dans une logique clairement malthusienne, une décroissance. Parmi ses partisans, on retrouve Nicholas Georgescu-Roegen ou Serge Latouche.

Une idéologie dangereuse

Le mouvement de la décroissance tient un discours essentiel négatif, se contentant de critiquer la « société de consommation ». Les libéraux, au nom de la liberté d'expression, n'ont rien contre, et il est tout à fait possible d'être libéral et tenant, dans sa vie, d'une décroissance volontaire et libre. Néanmoins, pour remplir les objectifs que se fixent les tenants de cette idéologie, à savoir une réduction effective de la consommation ou de la population, seule la contrainte peut fonctionner : elle impliquerait la prise de mesures de coercition étatiques et la suppression de libertés, tant politiques qu'économiques.

Ces conséquences ne sont nullement prônées par la majorité des partisans de la décroissance qui, comme tous les adeptes de la croyance en un état naturel abondant dont l'expression est empêchée par un principe malin (identifié ici dans la société industrielle, qui découlerait de l'idéologie libérale), pensent que l'abolition du système suffirait à guérir les maux qu'ils dénoncent. Signalons toutefois l'existence des partisans, marginaux, de l'écofascisme qui visent à instaurer une dictature qui sacrifierait les libertés individuelles à la sauvegarde d'une nature idéalisée.

Ces conséquences liberticides sont malheureusement quasi obligatoires, ce qui explique les réticences nombreuses des libéraux vis-à-vis de cette idéologie.

On peut par ailleurs déceler dans la promotion de la décroissance de fortes traces de millénarisme : annoncer la venue de cataclysmes, attribuer ces cataclysmes à une humanité insuffisamment vertueuse punie pour ses vices, appeler à une frugale repentance.

On peut encore critiquer la décroissance comme le masque d'une volonté de puissance, une façade de vertu et de désintéressement qui sert de justification à des objectifs moins louables. La fin vertueuse — sauver la planète, l'humanité etc. — justifie des moyens radicaux, qui reposeraient entre les mains des promoteurs de cette idéologie, de sorte qu'un mauvais esprit peut considérer que la véritable fin des promoteurs de la décroissance est en réalité l'acquisition du pouvoir qui permettrait la mise en œuvre de celle-ci, un pouvoir d'ingénierie sociale total. Parallèlement la promotion de la décroissance nie toutes les autorités qui lui barrent la route. On ne peut que constater que la décroissance est dépourvue de légitimité auprès des spécialistes. En retour l'idéologie de la décroissance attaque les spécialistes légitimes et entend substituer les siens, ce qui se manifeste en particulier par le rejet de toute la science économique et la génération de ses propres sources d'information, qui fonctionnent en circuit fermé. Les économistes et les sources d'information traditionnelles sont discrédités comme étant à la solde du système. On signalera que le public amateur de décroissance est généralement médiocre et peu doué en économie, qu'il cherche dans les théories de la décroissance une rationalisation de sa détestation du système, à qui il préfère attribuer les maux dont il souffre plutôt qu'à lui-même, qu'il cherche des autorités qui lui disent que les spécialistes légitimes ne savent pas mais que c'est lui, Tartarin, qui sait. « Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l'écoute » et le marché de la décroissance est un business qui tourne…

Des présupposés faux

Épuisement des ressources

Le catastrophisme des tenants de la décroissance repose sur des prévisions alarmistes sur la fin des ressources naturelles, dans la lignée de Malthus. Or quel crédit apporter à ces prévisions au vu de l'absence totale de fiabilité des prévisions passées ?

Cécile Philippe de l'Institut économique Molinari en donne de nombreux exemples dans son livre C'est trop tard pour la Terre : elle rappelle que, par exemple, dès 1914, le Bureau des mines aux États-Unis estimait que la production future de pétrole était limitée à 5,7 millions de barils, soit peut-être dix ans de consommation. Elle ajoute également, entre autres exemples, que le Rapport Meadows prévoyait en 1972 pour avant la fin du XXe siècle un épuisement de certaines ressources dont la substitution paraissait impossible[3]. À chaque fois les erreurs n'ont pas été minimes mais énormes, toujours dans un excès d'alarmisme.

De même, Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie a montré que, grâce aux réserves et aux progrès de la technologie, « le monde n'est pas près de manquer de pétrole »[4]. Les techniques nouvelles permettent d'extraire davantage de pétrole des nappes et de mettre en valeur de nouveaux gisements, de sables bitumineux par exemple.

En outre, le recyclage des matières premières est une solution mise en place depuis longtemps avec succès : 50 % du fer utilisé est recyclé, 90 % du platine et 80 % de l’or[5]. Le géochimiste Claude Allègre appelle de ses vœux un développement de ces filières pour toutes les ressources terrestres : « À une économie unidirectionnelle à ressources infinies (on produit – on utilise – on jette) doit se substituer une économie cyclique à ressources finies. »[6].

Dans les deux cas, c'est... le marché qui permet le développement de ces solutions, par le mécanisme des prix.

Les "décroissants" croient que la croissance est toujours matérielle, et donc qu'elle s'autolimite. Ce sont des matérialistes qui s'ignorent. Mais toute nouvelle invention qui a du succès génère de la croissance et de la valeur, sans réclamer pour autant plus de ressources matérielles (au contraire elle permet souvent d'en économiser).

Progrès scientifique

Searchtool-80%.png Article connexe : Progrès.

Les prévisions d'épuisement des ressources sont tout le temps exagérées car elles minimisent la capacité de l'esprit humain à toujours inventer de nouvelles solutions avec le progrès scientifique, à trouver de nouvelles énergies, à toujours découvrir. On en voit un exemple avec l'intensité énergétique des pays développés.

Les sociétés libérales sont les plus à même de permettre cet éclosion du progrès scientifique, par la place à la libre critique qu'elles accordent. Comme Karl Popper l'a montré, il faut laisser la place au débat, à un cheminement par tâtonnement, avec des erreurs nécessaires.

Prenons l'exemple de Nicolas Hulot. Ce dernier entend imposer son idéologie comme une vérité supérieure, refuser toute possibilité de discussion, d'échange, de débat et il ouvrait ainsi son « pacte écologique » par ces mots inquiétants : « le temps de l’information, du débat, des controverses est révolu ». Non seulement il fait l'erreur d'embrigader la science et de faire de ses « vérités » des actes de foi, mais en outre il rend impossible tout progrès de la science, justement. Loin d'être la solution, un contrôle supérieur de l'écologiquement correct ne ferait qu'empirer les choses. Plutôt que ces mesures liberticides, c'est une plus grande liberté qu'il faut pour laisser émerger les idées les plus innovantes et efficaces.

On peut également souligner que grâce au progrès, l'intensité énergétique des économies développées a fortement décru depuis plusieurs dizaines d'années. La courbe de Kuznets offre également un fondement scientifique à cette perspective.

La nature, un espace vierge? L'homme, un parasite ?

Le présupposé principal de la décroissance est que la nature est un espace vierge, dans lequel l'homme n'est qu'un intrus, un « parasite » (sic). Une véritable haine de soi et de l'humanité, au bénéfice d'une nature idéalisée. Voici par exemple ce qu'écrivait David Graber, un biologiste américain[7]:

« Des chercheurs en sciences sociales me disent l'humanité est une partie de la Nature, mais ce n'est pas vrai. Quelque part en chemin [...] nous avons rompu le contrat (qui nous unissait à la nature) et nous sommes devenus un cancer. Nous sommes devenus une peste pour nous-mêmes et pour la Terre. [...] Il n'y a plus qu'à espérer un virus dévastateur. »
    — David Graber

Cyril di Meo, élu vert, reprend cette critique de la décroissance, qui est « une défense de la Nature appuyée sur une conception biocentrique de sacralisation de la Terre […], [qui] s’appuie sur une critique de la rationalité du monde moderne perçue comme destructrice de la planète et de l’ordre du vivant »[8]. On peut souligner d'ailleurs comme l'auteur que cette « disparition de l’authenticité du monde naturel passé » est caractéristique d'une pensée foncièrement réactionnaire. Un classique de la décroissance est en effet « l’irrationalisme mystique, le spiritualisme, l’anti-positivisme et la référence au temps cyclique, qui permet de retourner au passé, de restaurer un ordre antérieur »[9].

Ce présupposé est doublement faux. D'une part, la « nature » rêvée par ces écologistes n'existe pas : la nature est en perpétuel changement, des espèces apparaissent, disparaissent. C'est l'homme qui protège la bio-diversité bien souvent.

En outre, la nature pure et accueillante idéalisée par les environnementalistes n'existe pas, et c'est à chaque fois l'homme qui la domestique, qui aménage les fleuves pour limiter les inondations, qui se protège de conditions difficiles, qui aménage le paysage, etc.

Inefficacité de la contrainte étatique

Les leçons que l'on peut tirer de l'histoire montrent, de façon générale, le danger que représente l'intervention étatique pour l'environnement. Cela explique l'insistance des tenants de la décroissance à présenter pour nouveau ce qui n'est que reprise d'une solution déjà essayée.

Les expériences communistes l'ont établi, les régimes fondés sur la contrainte au lieu de la liberté débouchent sur une pollution bien pire. Les « solutions » collectivistes n'ont créé que de l'irresponsabilité, et donc un gaspillage des ressources que personne n'estimait avoir à protéger. La catastrophe de la mer d'Aral ou Tchernobyl n'ont pas eu lieu à l'Ouest, mais à l'Est.

Si l'on bafoue les droits de la personne humaine, alors pour quelle raison respecter la nature et l'environnement ? Pourquoi conserver un comportement humain alors qu'on considère la vie humaine comme inférieure à celle de n'importe quelle autre espèce animale ?

Une idéologie dont les plus pauvres sont les victimes

La décroissance ne saurait mener qu'à la croissance... de la pauvreté, pour les pauvres des pays riches ou des pays pauvres. C'est par exemple ce que reconnaissait François Mitterrand, déclarant dans une réunion à la Mutualité : « Nous refusons la doctrine de la non-croissance, quels que soient les problèmes qui se posent aujourd’hui sur les ressources naturelles, parce que nous savons que l’absence de croissance pénalisera d’abord les plus pauvres, les plus démunis, c’est-à-dire ceux que nous voulons défendre »[10].

Les solutions libérales aux questions environnementales

Searchtool-80%.png Articles détaillés : écologie, John Baden et développement durable.

Citations

  • « [Le pacte de Nicolas Hulot] conduirait la France à régresser d'un demi-siècle et enclencherait irrémédiablement son déclin. Ce catastrophisme éclairé […] créerait chaque année plusieurs centaines de milliers de chômeurs et conduirait à mettre en place un système de rationnement comme nous n'en avons pas connu depuis l'occupation allemande. Comme les Français n’accepteraient pas ces contraintes, il faudrait de plus en plus mettre en place un régime bureaucratique et policier. Rien, dans ce programme, n’est laissé à l’initiative des citoyens, sauf aux écologistes patentés. Tout est fait pour faire votre bonheur malgré vous ! […] C'est un programme de décroissance qui tourne le dos au progrès. »
        — Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, 2007[11]
  • « Il faut prendre la doctrine de la décroissance pour ce qu'elle est […] une lubie de gosses de riches parfaitement égoïstes. Mais cela va généralement ensemble. »
        — Pierre-Antoine Delhommais, L'Obscure lubie des objecteurs de croissance, Le Monde[12]
  • « Il m'est impossible de trouver pour qui nous devrions économiser les ressources non renouvelables. Si nous, nous ne devrions pas nous en servir, alors la génération suivante elle aussi ne devrait pas s'en servir, ni les suivantes. »
        — Harry Browne
  • « L’histoire et la logique montrent que l’humanité est bien plus sophistiquée et sait s’adapter bien mieux qu’il y paraît, en faisant évoluer son besoin et sa consommation en ressources à la fois en nature (technologie) et en quantité (marché). Le comprendre suppose de comprendre le marché. Car le mécanisme des prix est de loin la meilleure invention humaine pour contrôler la consommation des ressources. »
        — Stéphane Geyres, Demain, la décroissance ?, Libres !!
  • « A la limite, le seul écologiste irréprochable est celui qui met tout en œuvre pour mourir sans laisser la moindre trace de son passage sur Terre. »
        — Didier Nordon

Notes et références

  1. Henri Lepage, Demain le capitalisme, Livre de poche
  2. George Reisman, The toxicology of environmentalism, 1990, [lire en ligne]
  3. Cécile Philippe, C'est trop tard pour la terre, 2006, Éditions Jean-Claude Lattès, ISBN 2709629194, p. 29.
  4. « Le monde n'est pas près de manquer de pétrole : Grand angle avec Daniel Yergin, spécialiste américain de l'énergie », Les Échos, 14 novembre 2007
  5. Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, p. 144.
  6. Claude Allègre, op. cit., p. 145.
  7. tel que cité par George Reisman in The Toxicity of Environmentalism, 1990
  8. Cyril di Meo, La face cachée de la décroissance, L'Harmattan, 2006
  9. Di Meo, op. cit.
  10. cité par Claude Allègre in Ma vérité sur la planète
  11. Claude Allègre, Ma vérité sur la planète, Plon, 2007, page 30 de l'édition ebook
  12. « L'Obscure lubie des objecteurs de croissance », Le Monde, 30 juillet 2006, [lire en ligne]

Voir aussi

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