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John Rawls

De Wikiberal
John Rawls
Philosophe

Dates 1921-2002
John Rawls
Tendance Libéral de gauche
Origine États-Unis États-Unis
Articles internes Liste de tous les articles

Citation
inter lib.org sur John Rawls
Catallaxia

John Rawls (Baltimore, 21 février 1921 - Lewiston, 24 novembre 2002) est un philosophe américain.

Biographie

John Borden (Bordley) Rawls est né dans une famille riche de Baltimore, Maryland. Il est le second des cinq enfants de William Lee Rawls et de Anna Abell Stump. Il entre en 1939 à l'université de Princeton, mais est appelé à servir dans l'armée américaine dans le Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale. Il retourne à Princeton en 1946 et termine son doctorat de philosophie en 1949. Il enseigne à l'université Cornell et au Massachusetts Institute of Technology. En 1959, il devient professeur à Harvard, jusqu'en 1995. Son livre paru sous le titre A Theory of Justice (Théorie de la justice) en 1971 et auquel il travaillait depuis les années 60 le révéla. Lorsque Rawls élabore sa théorie, la légitimité des États-Unis est remise en cause, la Guerre du Viêt Nam sévit et la lutte pour les Droits civiques bat son plein. C'est donc dans un moment de doute que sa théorie de la justice voit le jour, celle-ci est considérée depuis lors dans le monde anglo-saxon comme le plus important texte de philosophie politique. L'œuvre de Rawls s'axera sur les notions d'éthique, de justice et de libéralisme.

Après avoir souffert d'une série d'attaques cardiaques (qui ne l’empêchèrent pas de continuer à publier) John Rawls mourut en 2002 à l'âge de 81 ans. Il reste l'un des philosophes politiques les plus étudiés du XXe siècle.

Pensée

Un théoricien liberal de la justice

Situé à gauche de l'échiquier politique américain, après la publication de son ouvrage Théorie de la justice Rawls devient néanmoins très rapidement une lecture incontournable dans l'enseignement de la philosophie morale et sociale.

Son opus magnum veut proposer une théorie de rechange à la théorie utilitariste, comme celle de Henry Sidgwick, mais aussi aux théories de l’intuitionnisme, ainsi qu'au perfectionnisme, au profit d'une théorie qui, au lieu de subordonner la justice au bien, subordonne le bien à la justice, et qui s'apparente, à ce titre, aux doctrines déontologiques et s'oppose aux doctrines téléologiques.

  • « Mon but est de présenter une conception de la justice qui généralise et porte à un plus haut niveau d'abstraction la théorie bien connue du contrat social telle qu'on la trouve, entre autres, chez Locke, Rousseau et Kant ». - (Rawls, 1987, p. 37)

Afin de valider sa théorie, Rawls part d’une position originelle d'égale liberté (correspondant à l'état de nature dans la théorie du contrat social de Locke et Rousseau), dans lequel les individus sont susceptibles d'adhérer à un ensemble de principes de justice sans savoir à l’avance s’ils en retireront un quelconque avantage ou désavantage, ce que Rawls nomine un « voile d’ignorance ».

Rawls précise qu'une des caractéristiques de la théorie de la justice comme équité est qu'elle conçoit les individus comme des êtres rationnels étant mutuellement désintéressés (mutually disinterested), débarrassés de toute contingence sociale et préjugés, tout en étant mis en situation de pouvoir faire des choix rationnels. Il conçoit sa théorie de la justice comme une partie de la théorie du choix rationnel ainsi comme un exemple d'une théorie du contrat.

Dans les conditions préalables d'une situation initiale il en résulte principalement deux principes de justice susceptibles d'être choisis, qui résumés, peuvent s’énoncer ainsi :

  1. une égale liberté pour tous (« principe de liberté »), mais qui ne concerne que les libertés de base (excluant la liberté de contracter ou de posséder des moyens de production[1])
  2. une égalité des chances et un « principe de différence », les inégalités n’étant justifiées que dans les cas où :
  • elles ont été produites lors d'un processus basé sur des règles justes et équitables ;
  • elles procurent le plus grand bénéfice aux membres les plus désavantagés de la société ;
  • elles sont justifiées par l'utilité commune (ainsi des véhicules prioritaires aux feux de croisement).

Ces deux principes sont accompagnés d’un principe de priorité des libertés fondamentales sur l’égalité des chances qui est elle-même prioritaire sur l’égalisation des ressources. Ainsi, la liberté individuelle est sauvegardée.

Ainsi, Rawls élargit le concept de bien-être à d’autres considérations que la simple satisfaction utilitariste, en introduisant une notion essentielle qui est celle des libertés que chacun d’entre nous possède et qu’il peut faire valoir à tout moment dans sa communauté pour atteindre la vie qu’il souhaite mener. Cette exigence de justice permet à Rawls de définir une liste de biens premiers, c’est-à-dire « des biens utiles quel que soit le projet de vie rationnel », qui sont :

  • a) les biens premiers naturels, comme la santé ou les talents (facteurs naturels), qui ne sont pas soumis au contrôle des institutions
  • b) les biens premiers sociaux, comme les libertés et droits fondamentaux, les positions sociales et le respect de soi,
  • c) les avantages socio-économiques liés à ces positions qui aident les individus à poursuivre librement leurs objectifs.

A la question "John Rawls est-il libéral ?", Alain Laurent répond :

« Si John Rawls a été considéré comme un libéral, il ne l'est pas, hors du concept du voile d'ignorance. Selon lui, l'individu ne s'étant pas créé seul, il a contracté une dette envers la société. Cela justifie donc l'État Providence et la solidarité obligatoire. Rawls pousse même au-delà, considérant que les talents de chacun ne lui appartiennent pas, étant dus au hasard. Cette conception déterministe remet en cause la propriété même de soi. »

Il faut signaler à ce sujet que le terme liberal est connoté différemment des deux cotés de l'Atlantique. Les liberal américains mettent plus l'accent sur les libertés politiques et sont classés à gauche sur l'échiquier politique là où les libéraux sont perçus comme étant à droite et plus attachés aux libertés économiques en Europe. D'où l'emploi du mot libertarian par ceux qui défendent à la fois pleinement les libertés économiques et les libertés politiques. Si Rawls est qualifié de « liberal » dans le débat américain, il est en opposition avec les libertarians pour son étatisme.

Sur la liberté

  • « La liberté ne peut être limitée qu'au nom de la liberté. » Théorie de la justice, § 46.

Selon J. Rawls, il découle de ce principe qu'une restriction de la liberté est justifiée dans deux cas seulement:

  1. si elle permet de renforcer le système total des libertés partagé par tous : « si la liberté est moins étendue, le citoyen représentatif doit y trouver en fin de compte un gain pour sa liberté » (§ 39) ;
  2. si une inégalité des libertés est acceptable pour ceux qui ont une liberté moindre : « si la liberté est inégale, la liberté de ceux qui ont le moins de liberté doit être mieux protégée » (§ 39).

Pour le premier cas, Rawls mentionne les exemples d’une limitation de la liberté de conscience et de pensée de manière compatible avec l’ordre public, la limitation du pouvoir du gouvernement par la majorité, la limitation des libertés des intolérants et la répression de la violence des sectes concurrentes.

Pour le second cas, J. Rawls mentionne l’exemple d’une inégalité des libertés civiques : « si certains ont plus de voix que d’autres, la liberté politique est inégale ; il en va de même si les voix de certains pèsent bien plus lourd que celles des autres, ou si une partie de la société est totalement dépourvue du droit de vote. Dans de nombreuses situations historiques, une liberté politique moins grande a dû, peut-être, être justifiée ».

Les critiques adressées à son encontre

Critique libérale de gauche: Amartya Sen, puis dans son sillon, Martha Nussbaum, ont essayé d'affiner, avec la notion de capabilité, les critères de la liberté réelle rawlsienne qu'ils reprochent de ne dépendre au final que du simple critère financier et d'oublier toutes les coercitions culturelles (ou superstructurelles).

Critique communautarienne: Michael Sandel, Alasdair MacIntyre ou encore Charles Taylor critiquent la vision anhistorique de la fiction rawlsienne et voient dans sa conception atomistique de l'individu la possibilité d'un despotisme soft par une bureaucratie pesant de tout son poids sur les individus isolés et impuissants.

Critique libertarienne: il s'agit principalement de celle de son collègue à Harvard, Robert Nozick dont l'ouvrage Anarchie, État et Utopie (1974) se veut une réponse à la TJ, si bien que les deux ouvrages sont souvent lus conjointement afin d'examiner les points de désaccords entre libéraux et libertariens.

Les critiques de Nozick sont les suivantes :

  • Rawls fonde sa conception de la justice sur un choix procédural irréaliste, qui est la fiction du système de voile d'ignorance, qui permet à des individus supposés rationnels et impartiaux d'établir des principes de justice, en oubliant leur propre position sociale ou leur conception du bien ;
  • il y a antinomie entre les principes de liberté et d'équité (les fans d'une vedette sportive, telle que le champion de basket Wilt Chamberlain, paient très cher pour le voir, ce qui viole la "juste" distribution des revenus) ; il semble arbitraire d'exclure la liberté économique des libertés de base comme le fait Rawls, introduisant d'emblée un parti-pris "gauchisant" dans sa conception ;
  • le devoir moral d'assistance des plus favorisés envers les plus démunis devient une solidarité obligatoire, instaurée nécessairement par une structure autoritaire (confusion du droit et de la morale) ;
  • le principe de différence contient une part d'arbitraire. On ne voit pas pourquoi les individus ne mériteraient pas leurs actifs naturels (Rawls : « nous ne méritons pas notre place dans la répartition des dons à la naissance, pas plus que nous ne méritons notre point de départ initial dans la société ») ; le principe de différence reflète une vue subjective, il suppose que les "favorisés" piétinent les droits des démunis et aboutit à une culpabilisation de la réussite ;
  • un pouvoir étatique fort est nécessaire pour mettre en œuvre la justice sociale ; la logique de redistribution constante risque de conduire à une intervention permanente de l'État et à une société quasi-totalitaire.

Bibliographie et articles

  • Outline of a Decision Procedure for Ethics, Philosophical Review 60 (1951): 177—90.
  • A Theory of Justice - Théorie de la justice (1971)
  • Kantian Constructivism in Moral Theory, The Journal of Philosophy, Vol. 77, No. 9 (Sep. 9, 1980)
  • Justice as Fairness: Political not Metaphysical, Philosophy and Public Affairs, Vol. 14, No. 3 1985
  • Justice et démocratie (1993)
  • Libéralisme politique (1993)
  • Le droit des gens (1996)
  • Leçons sur l'histoire de la philosophie morale (2000)
  • La Justice comme équité (2001)

Littérature secondaire

  • 1975, John C. Harsanyi, Can the Maximin Principle Serve as a Basis for Morality? A Critique of John Rawls's Theory, American Political Science Review, 69, pp594-606
  • 1980, Holly Smith Goldman, Rawls and Utilitarianism, In: H. Gene Blocker et Elizabeth H. Smith, dir., John Rawls' Theory of Social Justice, Athens, Ohio: Ohio University Press, pp346-394
  • 1984, Jeffrey Paul, "Rawls on Liberty", In: Zbigniew A. Pelczynski & John Gray, dir., "Conceptions of Liberty in Political Philosophy", St. Martin's Press
  • 2012, James R. Stoner, "Rawls Meets Hayek", commentaire du livre de , Claremont Review of Books, Vol 12, n°4, Fall, pp61-62

Notes et références

  1. "Liberties not on the list, for example, the right to own certain kinds of property (e.g. means of production) and freedom of contract as understood by the doctrine of laissez-faire are not basic; and so they are not protected by the priority of the first principle."

Voir aussi


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