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Lucien-Anatole Prévost-Paradol

De Wikiberal
Lucien-Anatole Prévost-Paradol
journaliste, homme politique

Dates 1829 - 1870
Prévost-Paradol
Tendance libéral-conservateur
Origine France France
Articles internes Liste de tous les articles

Citation
inter lib.org sur Lucien-Anatole Prévost-Paradol

Lucien Anatole Prevost-Paradol (Paris, 8 août 1829 - Washington, 20 juillet 1870) est un journaliste et homme politique français.

Biographie

Normalien, il devient professeur de littérature à Aix-en-Provence, puis entame une carrière de journaliste. C'est ainsi qu'il est publié dans Le Journal des Débats et Le Courrier du dimanche, où il se fait connaître comme un opposant résolu au Second Empire. Sa réputation littéraire lui permet d'être élu à l'Académie française en 1865.

Il expose dans plusieurs articles des idées combinant la défense d'un gouvernement démocratique et du suffrage universel avec le souci de la préservation de la liberté contre le despotisme plébiscitaire à la mode bonapartiste.

En 1870, il est néanmoins convaincu de la sincérité du tournant libéral imprimé par Émile Ollivier à la politique de l'Empire, et finit par s'y rallier in extremis. Aussitôt promu ambassadeur aux États-Unis, il se suicide à Washington pour une raison d'honneur: en effet, apprenant l'entrée de la guerre de la France contre la Prusse, il refuse que ses amis puissent l'accuser d'avoir été averti de cet événement par l'empereur.

Ses idées

Pour une démocratie corrigée par la liberté

Prévost-Paradol a parfois été rattaché au courant orléaniste, favorable à la décentralisation et à un gouvernement de notables éclairés. Bien que partisan du suffrage universel, il est certain que la démocratie comme système politique lui apparaît tant comme une réalité inéluctable que comme une menace possible sur les libertés civiles, faisant glisser la société vers le despotisme. Pour remédier aux maux de la souveraineté populaire, Prévost-Paradol préconise le bicamérisme: d'un côté, une Chambre élue au suffrage universel; de l'autre, une Haute Assemblée, élue par les conseillers généraux et comportant des membres de droit, jouissant des mêmes droits que la Chambre basse, sauf celui de renverser le gouvernement. Le chef du gouvernement serait choisi par ces deux Chambres, tandis que le chef de l'État jouerait un rôle purement arbitral et disposerait d'un pouvoir de dissolution.

Concernant la nature du régime, la préférence de Prévost-Paradol va initialement à une monarchie constitutionnelle. Car, dans une république, un président serait forcément un homme de parti - ce qui poserait quelques problèmes au vu de son droit de dissolution. Ensuite, dans l'optique de notre auteur, le monarque ne disposerait d'aucun autre pouvoir que celui-là. Mais, en raison du manque de confiance de Prévost-Paradol envers les différents prétendants au trône, son choix se porte en définitive sur un système républicain. Dans son ouvrage, La France nouvelle (1868), il emploie même l'expression de « démocratie libérale » pour qualifier le régime qu'il souhaite voir s'instituer.

De plus, tirant la leçon des échecs de 1789, notre auteur considère que les gouvernants ont tout intérêt à rétablir les libertés locales et à desserrer l'étau du gouvernement central sur la société.

Contre la tentation d'un interventionnisme social et économique, Prévost-Paradol rappelle les derniers temps de l'Empire romain:

«Les assistants, se trouvant bientôt inférieurs en nombre aux assistés et hors d'état de leur suffire, s'échappaient découragés de cet informe phalanstère et s'enfuyaient parfois jusque chez les Barbares pour y retrouver du moins les lois de la nature. »

Un système judiciaire fondé sur le débat contradictoire

Concernant l'administration de la justice, il propose d'importer le système anglo-saxon, afin de substituer la procédure accusatoire à la procédure inquisitoriale. Contrairement à ce que soutiennent les tenants de la méthode française, Prévost-Paradol ne croit pas que les magistrats soient nécessairement les dépositaires de la vérité qu'ils prononceraient dans une totale neutralité, ni que la vérité doive se manifester par l'extorsion de l'aveu. C'est pourquoi Prévost-Paradol considère que la méthode anglo-saxonne du débat à charge et à décharge auquel accusation et défense participent activement devrait inspirer la procédure française.

De même que, pour le domaine politique, le chef de l'État serait confiné à une fonction d'arbitre, dans les questions judiciaires, il reviendrait au jury de se prononcer une fois les débats contradictoires achevés.

Dans le registre plus spécifique des délits de presse (essentiellement, l'incitation au meurtre, la diffamation ou l'appel à l'insurrection), Prévost-Paradol estime que seuls l'auteur et l'éditeur d'un article incriminé doivent être poursuivis. Il s'agit principalement pour lui de dénoncer ainsi la censure préalable visant les activités d'imprimerie, pratiquée activement par tous les régimes, et tout particulièrement le Second Empire.

Séparation de l'Église et de l'État

Il faut que l'État se retire des affaires religieuses et se contente de traiter l'Église comme n'importe quelle association libre. Inversement, l'Église doit cesser de voir en l'organisation politique un bras séculier à son service.

Pour Prévost-Paradol, le meilleur service que l'État puisse rendre à l'institution ecclésiale est de lui restituer sa liberté. En particulier, il convient de laisser l'Église acquérir librement des héritages.

En réalité, notre auteur s'inquiète du culte rendu à l'État comme administrateur des consciences. A ce titre, la Révolution française porte une lourde responsabilité par son refus de rendre l'État plus modeste dans ses attributions:

«Ce sera le regret éternel des bons Français (j'entends de ceux qui aiment leur pays avec intelligence) qu'au lieu d'entreprendre la constitution civile du clergé et de resserrer ainsi la chaîne de l'État et de l'Église, notre première Assemblée constituante, qui contenait tant d'amis de la religion et de la liberté, n'ait pas songé à tenter d'affranchir complètement l'Église et de séculariser définitivement l'État. (...) Les esprits n'étaient pas arrivés alors à concevoir le vrai rôle de l'État moderne, et l'on n'inclinait que trop à charger l'État de tout, en le rendant digne de tout bien conduire. »

En marge de son libéralisme: la politique coloniale

Pour compléter ce bref tableau, il faut relever qu'à la différence de nombreux libéraux, mais comme Tocqueville avant lui ou Paul Leroy-Beaulieu plus tard, Prévost-Paradol défend la colonisation de l'Afrique du Nord. Partant du constat que la France souffre d'un taux de population stagnant, il considère d'un œil très favorable l'établissement de colonies de peuplement de l'autre côté de la Méditerranée. Cette politique permettrait, selon lui, à la France de ne pas être marginalisée par l'empire britannique.

A ce sujet, l'historien André Jardin note avec pertinence que, « ce faisant, Prévost se place à l'écart d'une pensée libérale qui croit généralement que la guerre est une institution périmée et rejette les moyens de redressement militaire proposé par le gouvernement impérial »[1].

Notes et références

  1. André Jardin, Histoire du libéralisme politique, de la crise de l'absolutisme à la Constitution de 1875, Hachette, 1985, p. 377

Œuvres

  • Revue de l'histoire universelle, 1854.
  • Élisabeth et Henri IV. De l'impiété systématique, 1855.
  • Jonathan Swift, sa vie et ses œuvres, 1856.
  • Du rôle de la famille dans l'éducation, 1857.
  • De la liberté des cultes en France, 1858.
  • Essais de politique et de littérature, 3 vol., 1859-1863.
  • Les anciens partis, 1860.
  • Du gouvernement parlementaire, 1861.
  • Deux lettres sur la réforme du code pénal, 1862.
  • Quelques pages d'histoire contemporaine, 4 vol., 1862-1866.
  • Les élections de 1863, 1863.
  • Étude sur Étienne de la Boétie. Quelques réflexions sur notre situation intérieure, 1864.
  • Essai sur l'histoire universelle, 2 vol. Études sur les moralistes français, 1865.
  • La France nouvelle, 1868.
  • Lettres posthumes, 1870.

Liens externes

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