Travail

Un article de Wikiberal.

Discussions sur le forum
Les Fruits De Notre Travail Nous Appartiennent (for)

Sommaire

Étymologie

Le mot travail vient du bas latin tripalium (VIe siècle) instrument de torture formé de trois pieux. Altération sous l'influence de la famille de trabs, trabis : poutre. (travée) Au XIIe siècle: Travail : Tourment, souffrance. Travailler : Tourmenter, souffrir. Au XVIe siècle : « Se donner de la peine pour ».

Tentatives de définition

Sens Restreint : action non dictée par la survie de l'espèce, bien souvent en échange d'une rémunération ou gratification.
Sens Large : toute action nécessitant de l'énergie.
Autre : accomplir une activité quelconque contre rémunération.

Travail et chômage

La relation entre travail et chômage est complexe et difficile à comprendre. Pour comprendre cette relation, partons du constat suivant : l'homme naît pauvre, ou plus précisément, il naît dans une société, dans une communauté, dans laquelle ses membres travaillent, s'organisent, afin de créer des richesses susceptibles de satisfaire les besoins de ses semblables. En effet, l'homme doit, pour développer des conditions favorables à son existence, transformer la nature, utiliser les ressources de la terre afin de sortir de la rareté, de la pénurie. La vie de l'homme est donc faite de travail car il doit faire des efforts pour satisfaire ses propres besoins mais aussi ceux des personnes de la communauté qui ne participent pas directement à la création de richesses (personnes âgées, celles frappées d'incapacité, les lycéens, les étudiants…). L'impératif de l'homme est donc le travail car toute acte de satisfaction, de consommation, nécessite du travail.

Contrairement au travail, le chômage est une "création sociale". En effet, le chômeur n'existait pas dans les sociétés traditionnelles basées sur la soumission. Par exemple, l'esclave et le serf n'étaient pas menacés par le chômage. De même, les sociétés caractérisées par ce qu'Émile Durkheim nommait une "solidarité mécanique" (grosso modo les sociétés traditionnelles) c'est-à-dire une communauté régie par une solidarité issue de l'activité religieuse et de type "villageoise", "familiale" où la profession était transmise du père au fils, la femme s'occupant du domestique, ne connaissaient pas le phénomène du chômage qui caractérise nos sociétés "modernes". Ces anciennes formes d'organisation sociale étaient en quelque sorte des sociétés de castes puisque le statut social était acquis, ou subi, dès la naissance de sorte que les chances de promotion sociale étaient très faibles. La révolution intellectuelle et sociale du XVIIe et XVIIIe siècle va bouleverser cet état de choses. Prenons l'exemple de la France : tout d'abord la Révolution française de 1789 supprime les privilèges. Par la suite, la Constituante vote, le 26 août la Déclaration des Droits de l'Homme et du citoyen. Ainsi, de sujet l'individu devient citoyen et l'État n'existe que pour protéger les droits de l'individu. Progressivement l'individualisme de la révolution gagne les sociétés européennes et plus particulièrement la manière dont celles-ci organisent la production des richesses. En France le décret D'Allarde et la loi le Chapelier de 1791 organisent, pour le premier fois, un véritable "marché du travail". Or un marché suppose qu'il y a échange d'une marchandise contre une autre. L'individu devient donc un marchand qui vend sa force de travail à un employeur. Le chômage ne stipule donc pas absence de travail mais exprime l'incapacité de l'individu de trouver un acheteur pour sa force de travail. C'est bien pour cette raison que la définition de la population active englobe les actifs occupés mais également les chômeurs.

En résumé, le chômage est un état qui est apparu dans nos sociétés à la suite de la rencontre de deux actions : l'extension du salariat comme mode d'organisation majeur de la production des richesses et la création, par l'État, d'institutions spécialisées qui créent un intérêt à se déclarer comme chômeur. Tout d'abord, en ce qui concerne le salariat, celui-ci est apparu assez tardivement en France puisque au lendemain de la libération un bon tiers des Français vivaient directement de la terre et la moitié habitaient à la campagne. Or aujourd'hui le salariat représente 90% de la population active. Le XXe siècle a donc confirmé la suprématie du salariat comme forme d'organisation dominante de la force de production. Ceci est véritablement une "révolution silencieuse". L'État a également contribué à cette révolution et à l'émergence du statut de chômeur. En effet, le chômeur est né dans les statistiques de l'État en 1896 à la suite de sa volonté de rationaliser le marché du travail et de stabiliser les travailleurs par le contrat de travail. La conséquence de cette organisation scientifique de la population est que le chômeur, l'individu, est devenu un chiffre, une dépense pour la collectivité. Or ce chiffre est en expansion puisque de 300000 demandeurs d'emploi en France dans les années 70 nous sommes passés à 3000000 dans les années 90… Pourquoi cette croissance? Plusieurs explications peuvent être avancées.

La première explication est un raisonnement en termes de marché. Ici, le travail est une marchandise comme les autres, une ressource rare qui trouvera toujours une manière de s'employer à condition d'accepter une rémunération adéquate issue des mouvements naturels des prix. Dans ce sens, le marché du travail doit respecter les conditions communes à tout marché où seule l'initiative individuelle existe. Le marché doit être transparent (information parfaite) et les individus doivent effectuer des calculs rationnels (recherche du meilleur résultat possible). Ainsi, l'offre de travail émane des individus qui raisonnent sur un salaire réel, les effets de l'inflation étant supposés faire partie des calculs d'optimisation. Dans ce modèle, les agents effectuent en quelque sorte un arbitrage entre les avantages tirés du statut de chômeur et ceux engendrés par l'obtention d'un travail rémunéré (effets de substitution), le salaire étant le prix de renonciation aux loisirs selon les enseignements de Gary Becker. Le travail est donc conçu négativement, comme une renonciation aux loisirs. En effet le mot "travail" ne vient-il pas du latin "tripaliare" qui signifie torture, le tripalium étant un instrument de torture et le mot "chômage" du grec "kauma" qui signifie chaleur torride ? Par ailleurs Malthus affirmait que "l'homme est par nature apathique, paresseux et ennemi du travail".

Dans ce sens les nombreuses mesures mises en place par les pouvoirs publics pour protéger les chômeurs et leur accorder des rémunérations peuvent avoir des conséquences de désincitation, les individus préférant le chômage plutôt que l'activité. C'est la thèse de l'économiste Jacques Rueff. Pour lui, c'est l'instauration de différentes formes d'indemnisation du chômage (notamment la Dole en Grande Bretagne instaurée en 1911) qui est la cause du chômage permanent. En effet, la Dole établit un certain niveau minimum de salaire à partir duquel l'ouvrier prèfére toucher la Dole plutôt que de travailler. Ainsi la Dole stabilise le salaire à un niveau entièrement indépendant du niveau des prix. Pour Rueff, sans indemnisation le travailleur accepte les baisses de salaire car il est obligé de travailler, la peur de la misére étant un puissant mécanisme d'incitation. Il estime que le mécanisme des prix libres, de par le processus d'adaptation progressive, permet d'absorber le chômage. Comme l'école autrichienne, le penseur soutient que dans toutes les domaines où un prix a été artificiellement fixé à un taux différent de celui issue de la volonté individuelle, il y a crise. En ce qui concerne la demande de travail celle-ci provient des entreprises. Étant donné que le salaire représente un coût pour les employeurs cette demande est freinée par les prélèvements, les réglementations qui frappent l'utilisation du travail vivant. Aujourd'hui, les contraintes imposées par le code du travail sont régulièrement évoquées pour expliquer les difficultés rencontrées par les PME pour créer des emplois.

John Maynard Keynes s'oppose à cette vision en termes de marché. En effet les entrepreneurs ne raisonnent pas sur le prix mais sur la demande effective, c'est-à-dire la demande anticipée par les employeurs. Ainsi l'emploi ne dépend pas seulement des choix des entreprises mais aussi des consommateurs et de tous les choix des membres de la catallaxie. Deux conceptions du chômage se dégagent alors : la conception keynésienne qui insiste sur l'importance de la demande effective, et une autre classique qui explique le chômage par l'insuffisance de la rentabilité. Selon la conception adoptée, les mesures préconisées pour lutter contre ce fléau vont être radicalement différentes. Le keynésianisme stipule un rôle actif de l'État, alors que la pensée libérale accorde plus d'importance à l'initiative privée. Aujourd'hui il est certain que la régulation du marché du travail s'éloigne des mécanismes concurrentiels. En effet, on observe une quasi-indexation des salaires sur les prix depuis 1969. De même, le salaire indirect connaît une expansion importante en France à cause de la gestion de la sécurité sociale. Comme le remarque R. Boyer, une régulation de type socio-politique se substitue progressivement à la régulation stricte des individus.

François Mitterrand affirmait que tout avait été fait pour essayer de lutter contre le chômage. Peut être que le problème est justement que les différents gouvernements ont tout essayé…

Temps de travail

La durée du temps de travail devrait être un des termes du contrat de travail plutôt qu'une contrainte extérieure imposée par la réglementation dans un but malthusien (le prétendu "partage du travail"). Dans le même genre d'idées, Frédéric Bastiat proposait d'interdire aux travailleurs l'usage de la main droite :

Quand les ouvriers de toute sorte seront réduits à leur main gauche, représentons-nous, Sire, le nombre immense qu'il en faudra pour faire face à l'ensemble de la consommation actuelle, en la supposant invariable, ce que nous faisons toujours quand nous comparons entre eux des systèmes de production opposés. Une demande si prodigieuse de main-d'œuvre ne peut manquer de déterminer une hausse considérable des salaires, et le paupérisme disparaîtra du pays comme par enchantement. (Sophismes Économiques, La main droite et la main gauche, [1])

Travail au noir

Le travail au noir est une activité rémunérée non-déclarée à l'administration étatique, et par conséquent non-soumise à impôts et réglementations. On emploie aussi l'expression synonyme de travail dissimulé, qui regroupe également toutes activités échappant aux impôts, taxes et contributions sociales.

L’État et ses représentants prétendent que les impôts non payés en raison du travail au noir constituent un vol, que ce «manque à gagner» doit être transféré sur ceux qui s’acquittent légalement des charges fiscales qui sont imposées. En réalité, les échanges volontaires entre les individus ne sont certainement pas des crimes et le vol est bien le fait de l’État, qui n'acquiert pas ses ressources autrement que par la coercition et la violence, les gens étant contraints de contribuer. Dans ce cas, le travail au noir est, pour certains travailleurs et entrepreneurs, une réponse légitime à l’empiètement étatique.

Le travail au noir est un travail que l'État a arbitrairement déclaré comme "illégal". En fait, l'État crée lui-même le problème en voulant réglementer le marché du travail, en empêchant, entre autres, les immigrés de travailler, et en institutionnalisant le chômage.

Voir aussi

Accédez d'un seul coup d’œil au portail économie.
Outils personnels