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Anthony M. Endres

De Wikiberal

Anthony M. Endres est professeur au Département d'économie, Ecole des hautes études commerciales, à l'université d'Auckland en Nouvelle-Zélande. Il a soutenu sa thèse en 1982, sur le sujet suivant : "Pensée économique et observations numériques : études en «arithmétique politique»".

Il fut maître de conférences en économie à l'Université de Waikato (Nouvelle-Zélande) et à l'Université de Wollongong (Australie). Il fut chercheur invité à l'École de recherche en sciences sociales (Université nationale d'Australie) et il fut professeur invité à l'Université de Kyoto (Japon), et à l'Université de Toronto (Canada). Il est l'auteur de différents livres et ouvrages sur la Théorie microéconomique néoclassique, sur l'école autrichienne d'économie (Carl Menger, Eugen Böhm-Bawerk, Friedrich Wieser), sur l'histoire de la pensée économique (mercantilisme, école classique, école néo-classique), sur l'analyse économique des institutions, sur le subjectivisme et sur la théorie de l'entrepreneur, notamment la théorie des opportunités. Ses recherches sont parues dans la Revue économique européenne, le Journal of Monetary Economics, Histoire de l'économie politique, le Journal of Institutional and Theoretical Economics et le Journal of European Economic History, entre autres.

Méthodologie et épistémologie de l'école autrichienne d'économie

Dans sa thèse, en 1982, Anthony Endres étudia le statut épistémologique des observations numériques «brutes», et dans une moindre mesure, des constructions statistiques plus formelles dans la pensée économique. La définition de la «pensée économique» suivait la conception large utilisée par Joseph Schumpeter comportant deux aspects interdépendants : l'analyse économique formelle et la logique du bon sens issu de la vie de tous les jours (vision réaliste). Il a réalisé une enquête littéraire sur le rôle et sur le statut des observations numériques dans les écrits de Carl Menger, de Friedrich Hayek, de Ludwig von Mises et chez quelques autres économistes récents de l'école autrichienne.

Le concept d'Oskar Morgenstern sur la "précision des observations économiques" est complété par la critique de Fritz Machlup sur l'opérationnalité en économie avec une référence particulière sur le rôle des tests des observations numériques dans les théories économiques. Anthony M. Endres en conclut aux incertitudes inhérentes à l'interprétation des statistiques qui ne peuvent pas être levées pour conférer un sens à ces données. L'incertitude, dans ce contexte, pose des problèmes philosophiques avec les observations numériques mises en évidence par les thèmes autrichiens, notamment la méfiance, sur le plan épistémologique, de l'agrégation des données dans l'analyse économique et l'appréciation subjective des indications portées au niveau micro-économiques, accentuant le caractère historique des observations numériques. A partir d'un indicateur numérique, qui n'est pas statistiquement muet, Anthony Endres définit une valeur-chargé, c'est à dire une contrepartie numérique à côté de laquelle, cet indicateur (une «pensée») est différent des observations numériques qu'il est censé organiser.

En étudiant l'apport d'Eugen Böhm-Bawerk, en 1996, Anthony M. Endres examine la microéconomie autrichienne dans la version de Böhm-Bawerk. Il établit des comparaisons avec le programme de recherche de Carl Menger qu'il avait initialement établi dans ses principes économiques et qui fondait la marque distince de l'école autrichienne. La microéconomie de Bohm-Bawerk est également considérée dans le contexte contemporain de Léon Walras, de Marshall et d'Edgeworth ainsi que comparé avec les travaux du XXe siècle dans la théorie des jeux. Bohm-Bawerk propose une théorie de la dynamique micro-structurelle. Anthony M. Endres rapelle les points d'attention d'Eugen Böhm-Bawerk :

  • Son insistance sur l'intentionnalité
  • L'importance de l'imagination dans la création de la valeur,
  • La portée amplifiée de la négociation et le comportement stratégique dans sa théorie des marchés
  • La tendance à l'équilibrage dans sa théorie de la formation des prix

Anthony Endres conclut que l'apport d'Eugen Böhm-Bawerk est tou à fait compatible avec les autres contributions de la première génération autrichienne. Et, qu'il n'y a rien de particulièrement walrasien ou de Marshallien sur la microéconomie Bohm-Bawerkienne

L'analyse de l'approche évolutionniste d'Alfred Marshall

Dans un article récent, soumis en 2010 avec M. Donahue au cambridge Journal, Anthony Endres reprend l'argument de Ralph Souter, qui défend Alfred Marshall, en le contrastant avec la vision de Lionel Robbins qui désirait remanier l'économie comme une «science purement formelle». Ralph Souter a invoqué que le souhait de Marshall était d'augmenter progressivement le réalisme de la science économique. Par contre, l'approche épistémologique de Lionel Robbins souffrait d'un individualisme méthodologique avec un biais atomistique, ajouté à cela, une carence ou du moins une négligence de la notion de temps et de l'irréversibilité historique. Robbins est accusé d'avoir posé des restrictions arbitraires sur le champ d'application de la science économique et d'avoir mis l'accent sur la forme logique et mathématique du contenu économique. Ralph Souter soutenait que Lionel Robbins avait une vision d'inspiration walrassienne sur le concept d'équilibre alors que la notion d'équilibre "authentiquement marshallienne" comprennait le potentiel de changement endogène de l'économie. Sur cette question, Anthony Endres relance une priorité doctrinale moderne afin d'attirer l'attention sur "l'économie évolutionniste" naissante d'Alfred Marshall.

La théorie modulaire de la firme

Dans ses recherches avec David Harper, Anthony Endres travaille actuellement sur le caractère indissociable de la formation du capital dans l'organisation économique. Les deux universitaires précisent que le capital possède une structure complexe, à multi-niveaux (micro, méso, macro) qui doit toujours être considérée dans une approche de transformation continue. Les différents niveaux de la structure du capital sont interdépendants et interactifs. En conséquence, l'organisation économique, avec ces différents niveaux, n'est pas une entité indépendante en elle-même. L'organisation (l'entreprise) est considérée comme le résultat de la formation structurelle du capital.

Leur analyse repose sur la théorie modulaire de la firme par Richard Langlois[1]. Elle évite les inconvénients de la théorie contractualiste de la firme (Ronald Coase, Richard Langlois), présentant l'organisation comme un noeud de contrats ou se focalisant sur les coûts de transaction. Anthony Endres et David Harper portent davantage d'attention sur la notion de production, par l'analyse de la combinaison du capital qui émane lorsque les entrepreneurs organisent de façon cinétique leur production (matériaux, matériels). Ils considèrent que le comportement des entrepreneurs en tant qu'agents responsables, doit consister à spécifier et à évaluer les combinaisons potentielles de capitaux, en modularisant ou en dé-modularisant la structure de production. Les actions combinatoires des entrepreneurs modifient souvent les matériaux existants pour remplir des fonctions pour lesquelles ils n'avaient pas été conçus à l'origine, ce qui transforme la structure et la forme du capital et qui pose les limites des organisations économiques. La thèse finale des deux auteurs affirme que le capital est créé dans un processus dynamique et organique de la connaissance transformant les perceptions des lacunes ou des carences de la structure du capital.

Annexes

Notes et références

  1. D'autres chercheurs s'appuient sur la théorie modulaire de l'organisation, en expliquant que les coûts de transaction ne s'établissent pas à la frontière de l'entité juridique de l'entreprise mais à la frontière du module que l'entreprise construit par un effet de réseau dans son industrie (voir Carliss Y. Baldwin, 2008, Where do transactions come from? Modularity, transactions, and the boundaries of firms, Industrial and Corporate Change, 17(1), pp155-195


Bibliographie

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    • c. "Adam Smith's Advisory Style as Illustrated by his Trade Policy Prescriptions", Journal of the History of Economic Thought, Vol 17, n°1, pp86-105
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    • a. "Some Microfoundations of Austrian Economics: Bohm Bawerk's Version", The European Journal of the History of Economic Thought, Vol 3, n°1, Spring, pp84-106
    • b. Carl Menger’s Microeconomics – An Introduction, Kyoto Economic and Business Review, 23 (1), pp1-14
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    • c. avec Grant A. Fleming,, ‘Public Investment Programmes in the Interwar Period: The View from Geneva‘, European Journal of the History of Economic Thought, 6 (1), pp87-109
    • d. commentaire du livre d'Ingo Pellengahr, "The Austrian Subjectivist Theory of Interest: An Investigation into the History of Thought", History of Political Economy, 31(4), pp774-775
  • 2001, avec Grant A. Fleming, International Organisations and the Analysis of Economic Policy 1919-1950, ‘Historical Perspectives in Modern Economics Series’ New York, Cambridge, Cambridge University Press
    • Edition paperback en 2005
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  • 2015, avec David A. Harper, "Dr. Braun's Exposition of Carl Menger's Capital Theory: Was There a Fundamental Break?", History of Economic Ideas, 23 (2), pp167-178

Littérature secondaire

  • 2014, Eduard Braun, "The Menger-Lachmann Trajectory on Capital: A Comment on Endres and Harper", Journal of the History of Economic Thought, 36 (1), pp97–102
  • 2015, Eduard Braun, "What must not, cannot be for Endres and Harper: Capital Theory without Production?", History of Economic Ideas, 23 (2), pp179-185

Liens externes