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Culture entrepreneuriale

De Wikiberal

La culture est peut-être le facteur environnemental le plus important qui influe sur la réponse des entrepreneurs aux différentes opportunités. Les contraintes culturelles et les perceptions culturelles des opportunités mènent à diverses réponses face à des opportunités identiques à travers les cultures. Le fait d’être immigrant, réfugié, résident autochtone ou appartenant à une minorité ethnique affecte la réaction des gens face aux opportunités d’entrepreneuriat.

L'approche sociologique et historique de la culture entrepreneuriale

Le sociologue Max Weber a fait valoir dans son livre, l'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme, que le fondement culturel de la doctrine calviniste, c'est à dire la recherche du salut personnel par le travail, était un fondement essentiel pour la réussite économique.

Toutefois, les fondements culturels favorisant le développement économique ne sont, en aucune façon, limités à la culture occidentale. Une culture qui valorise la méritocratie, une culture qui respecte la réalisation par le travail, une culture qui célèbre l'autonomie, une culture qui récompense l'esprit d'entreprise et qui encourage l'éducation seront des dispositions naturelles pour le développement de la force de travail productive. Par exemple les cultures qui mettent l'accent sur les liens familiaux et sur la foi religieuse, auront tendance à favoriser l'épargne et l'investissement au lieu de la consommation courante. Ces cultures sont alors favorables à une perspective à long terme et à la gratification différée de soi.

L'historien Thomas Cochran présente une théorie de la culture entrepreneuriale (1965)[1] en affirmant que les entrepreneurs sont influencés dans leurs propres attitudes et dans leurs choix de carrière entrepreneuriale en fonction des attentes des groupes sociaux qui facilitent la création de nouvelles entreprises, ainsi que par le niveau de difficulté et des barrières érigées par des groupes de sanction. Il a cherché des preuves dans des cas historiques tels que l'importance entrepreneuriale des protestants en Amérique, des Samouraïs au Japon, des Yoruba au Nigéria, des Kikuya au Kenya, des chrétiens au Liban, du Halai Memon au Pakistan et des Parsis en Inde.

La culture entrepreneuriale à l'école

La culture entrepreneuriale s'installe peu à peu dans les établissements d’enseignement. Pour cela, il convient que les dirigeants des établissements scolaires mettent en place une stratégie de communication vis à vis des parents, des élèves, des enseignants et du personnel non enseignant. Il faut expliciter les raisons d'une orientation pédagogique tournée vers l'entrepreneuriat en indiquant la vision, les motivations et la priorité de la démarche entrepreneuriale. Tourné vers les enseignants, le discours et les actes doivent prôner de nouvelles priorités d’affectation de ressources, en stipulant les étapes et les mesures des résultats intermédiaires adéquates et en nommant les responsabilités. Le personnel doit disposer de plus de temps disponible pour se livrer à des recherches de ressources et d'activités entrepreneuriales sous forme de projets. Pour ce qui concerne le personnel non enseignant, il faut leur garantir des outils administratifs flexibles et les moyens de mettre en place en outils informatiques, ameublement et de nettoyer les locaux plus facilement. Les élèves ont droit à des tables ou bureaux plus légers et mobiles pour permettre des espaces de classe plus "naturels" ce qui facilite le travail coopératif et collaboratif. Sur le plan externe, des cabinets experts et indépendants peuvent mener des audits de qualité sur les processus de l’école, des évaluations sur les locaux et équipements, des enquêtes de satisfaction auprès des apprenants, des parents et des membres du personnel…

De plus en plus d'écoles et d'institutions[2] dans le monde prônent une pédagogie à valeur entrepreneuriale avec laquelle les plus jeunes élèves (dans le primaire, dans le secondaire et au niveau supérieur du bac) sont formés à la culture entrepreneuriale. L'ambition finale serait que tous les individus[3] puissent bénéficier de cette culture entrepreneuriale.

'Les techniques d'éducation des enfants dans la culture occidentale qui renforcent la valeur de confiance en soi peuvent avoir tendance à favoriser le comportement entrepreneurial audacieux lorsque ceux-ci deviennent adultes. La structure des liens de parenté entre de nombreuses tribus africaines fournit les réseaux par lesquels les hommes et femmes d'affaires peuvent acquérir la formation et le capital de démarrage. La philosophie confucianiste, qui privilégie les projets de long terme sur des résultats à courte vue, peut, en partie, servir d'explication du niveau d'épargne élevé dans certaines sociétés asiatiques. Différentes sociétés peuvent souligner divers aspects des marchés en s'appuyant sur leur avantage comparatif culturel unique'[4]. Don Lavoie et Emily Chamlee-Wright.

La culture entrepreneuriale dépend à la fois des motivations intrinsèques mais également des motivations extrinsèques des individus. L'ensemble des valeurs éthiques, de tradition, de coutumes, de pratiques, produit de l'évolution des motivations intrinsèques, façonne l'évolution des comportements entrepreneuriaux. L'erreur a souvent été de considérer qu'il existait de bonnes et de mauvaises cultures. Et, en corollaire, qu'une société ne peut se développer qu'en adoptant des cultures qui réussissent ou qui ont réussi dans le passé. Le pouvoir politique s'est souvent emparé du pouvoir de diriger ces valeurs culturelles afin de renforcer l'efficacité des comportements entrepreneuriaux, sans hélas, comprendre la nature et l'évolution des institutions.

La culture entrepreneuriale analysée du point de vue institutionnaliste

A Singapour, par exemple, il existe une culture d'entreprise, provenant de l'habitude des habitants confrontés à la survie économique d'une région ne bénéficiant pas beaucoup de ressources naturelles, dont un faible approvisionnement en eau de source. Suite à la décolonisation de l'après-guerre, le pouvoir local a instauré une culture d'autorité. Par désir de stabilité politique, ce qui est un élément important de la culture d'entreprise, et de la peur de la "contamination communiste" sur la péninsule malaisienne, le pouvoir bureaucratique et autoritaire a imposé de nouvelles formes de règles. Toutefois, ces contraintes appliquées à l'économie, ne posent-elles pas des limites à l'évolution de l'économie ? Par exemple, les entrepreneurs arrivent-ils, dans une économie internationale basée sur la dispersion de la connaissance, à faire émerger rapidement des innovations malgré les contraintes bureaucratiques ? Christopher Lingle, a démontré que la culture d'autorité est incompatible avec l'évolution institutionnelle de la culture d'entreprise, car le pouvoir politique a créé ses propres règles de survie. En limitant la liberté d'expression, le pouvoir attaque en diffamation tous ses contradicteurs afin de gagner en procès et les mettre en faillite économique (peine financière très importante et répétitive).

Cette analyse de la relation entre coûts de transaction et culture d'entreprise a été effectuée par le mouvement de l'économie néo-institutionnelle (Ronald Coase, Oliver Williamson, Douglass North, Hernando de Soto). Dans certains pays en voie de développement, par exemple, la culture de la corruption est très pénalisante pour les entrepreneurs. Liée à la culture bureaucratique, une toute petite démarche administrative peut devenir une entrave financière ou temporelle. Certaines cultures accroissent donc les coûts de transaction. De même, nous signale Hernando de Soto, dans son livre, The mystery of Capital, l'absence d'une culture de formalisation d'appropriation accroît les coûts de transaction et pénalise la culture d'entreprise. Pour Oliver Williamson, le niveau d'intégration social comme les institutions informelles, les normes, les coutumes, les traditions ou les religions représente le niveau fondamental d'analyse pour le scientifique. Une société n'est pas un tout culturel homogène. Par le jeu des migrations, des déplacements touristiques, des échanges commerciaux et de la communication personnelle internationale et virtuelle (internet), les individus et groupes d'individus déplacent leur valeurs culturelles. Par exemple, afin de lutter contre un système de prêts bancaire formaliste, synonyme de coûts de transaction élevés (envoi de dossier, filtrage prévisionnel économique, accompagnement des projets et coût d'application des contrats), certaines communautés ont mis en place des procédés alternatifs basés sur la confiance et le monitoring collaboratif d'individus appartenant à un groupe très resserré et bénéficiant d'accord de prêt sur un pool de capital. Les mêmes personnes pourraient très bien solliciter le système bancaire traditionnel. Mais, elles optent pour la solution culturelle minimisant leur coût de transaction. Aussi tout homme politique doit prendre en considération le degré par lequel la culture de l'entreprise est présente s'il désire prendre des mesures touchant de près ou de loin à la mise en place ou à la réforme des institutions monopolistiques.

Les valeurs culturelles qui réussissent sont celles qui bénéficient le mieux à celles et ceux qui les adoptent. L'État n'a pas à protéger certaines valeurs culturelles par rapport à d'autres. Si sa présence se justifie dans une culture non monopolistique, il doit laisser libre l'adoption et l'émergence de comportements. Dans le cas où les pratiques de discriminations[5] ne sont pas agressives (sinon la justice doit être saisie), une culture de non discrimination bénéficiera à celles et à ceux qui choisissent d'utiliser les talents discriminés en fonction de la nature et de l'évolution de leur organisation. Si l'imagination créatrice se montre plus pertinente que la culture de discrimination, elle sera adoptée de façon beaucoup plus forte par les producteurs de discrimination, pour certains pour des raisons d'efficacité, pour d'autres par mimétisme ou par opportunisme.

Une théorie de la culture entrepreneuriale évolutive

Une variante de la théorie de la firme autrichienne, appelée également Market Based Management (MBM), se rapproche de celle de la théorie des ressources et de la théorie de l'information (Knowledge based View). Bien que ces dernières théories fournissent une compréhension importante de l'organisation et du développement de la connaissance de l'entreprise, les apports de l'école autrichienne d'économie présente une troisième voie malheureusement négligée. Selon cette école, le problème clef de la connaissance est de comprendre comment l'entreprise s'adapte à des changements non anticipés quand la connaissance est dispersée dans le marché. La découverte de ressources complémentaires explique l'adaptation en terme de coordination de diverses connaissances issues des expériences inter-temporelles. Ces auteurs mettent en valeur, le potentiel des organisations, y compris les entreprises (corporate), de gérer leur connaissance et de contrôler l'information, via les acteurs en place. Ces phases de croissance de l'information ou d'inhibition ont des effets sur l'évolution des organisations[6], tel que le présente Chris Argyris et la théorie évolutionniste autrichienne.

Bien sûr, les origines de l'esprit d'entreprise sur des marchés locaux ou sur des marchés plus larges remonte à des milliers d'années. Selon la théorie Hayekienne de l'évolution culturelle, la croissance de la civilisation a pour origine des membres de la société émergente issue de petits groupes isolés qui ont développé et noué de nouvelles relations. Le processus de cette émergence ne comportait pas de planification formelle, elle était du type "spontané". Tandis que la population a augmenté du fait de la réussite des règles proactives de l'évolution, des règles adjacentes furent établies par certains membres de la société afin d'encourager et faciliter la croissance. Hors, comme lé précise Friedrich Hayek, ces règles structurelles vont finalement étouffer une nouvelle progression évolutive, conduisant à la chute de la société. Le paradoxe est donc que les règles et la structure nécessaires pour le développement de la culture conduisent, à terme, à la disparition de la culture.

"Chaque organisation a sa propre culture, et des similitudes peuvent être observées entre la vision de l'évolution culturelle chez Friedrich Hayek et la progression d'une culture au sein d'une organisation. Souvent, les organisations sont fondées par des entrepreneurs ayant peu ou pas de planification"[7]. Mais, tandis que l'organisation se développe, les règles et les procédures sont mises en œuvre en fournissant la structure nécessaire à l'entreprise pour qu'elle puisse prospérer. Toutefois, cette croissance mène très souvent à une bureaucratie interne de l'organisation, qui étouffe l'innovation et, inévitablement, affaiblit la capacité de l'entreprise face à la concurrence.

Selon Friedrich Hayek, les commandes ou les ordres qui, par définition, sont destinés à atteindre un résultat particulier, ne peuvent pas servir de méthode complète et ouverte de coordination. Par contre, les individus peuvent être guidés par leur compréhension des règles de conduite. La concurrence implique une "procédure de découverte" et les organisations fonctionnent donc toujours dans un climat de changement apparent ou non. Au fur et à mesure que les organisations deviennent plus complexes, les individus ont donc davantage tendance à adopter un comportement suivant des règles. L'entreprise suit alors un processus évolutif qui consiste à rencontrer des fins de plus en plus importantes à accomplir. Elle vise donc non pas à des fins concrètes mais s'oriente vers des fins inconnues et floues qu'elle précise au fur et à mesure de son avancée.

Annexes

Bibliographie

  • 1993, A. A. Gibb, "The enterprise culture and education", International Small Business Journal, Vol 11, n°3, pp20-32
  • 1996, Peter Boettke, "Why Culture Matters: Economics, Politics, and the Imprint of History," Nuova Economia e Storia, n°3 September, pp189-214. [en Italien]
    • Repris en 2001, In: Peter Boettke, dir., "Calculation and Coordination: Essays on Socialism and Transitional Political Economy", London: Routledge, pp248-265
  • 2006, Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS), "Développer et vivre une culture entrepreneuriale au primaire et au secondaire", Québec : Gouvernement du Québec
  • 2007, Denis Pelletier, "Invitation à la culture entrepreneuriale. Guide d’élaboration de projet à l’intention du personnel enseignant", Québec : Septembre éditeur
  • 2008,
    • S. Beugelsdijk, R. Smeets, "Entrepreneurial culture and economic growth: revisiting McClelland’s thesis", The American Journal of Economics and Sociology, 67(5), pp915-939
    • C. Léger-Jarniou, "Développer la culture entrepreneuriale chez les jeunes. Théories et pratiques", Revue Française de Gestion, Vol 185, n°5, pp161-174
  • 2011, M. Peters, "Education, enterprise culture and the entrepreneurial self : A Foucauldian perspective", Journal of Educational Enquiry, vol 2, n°2, pp58-71
  • 2017, Jacques-Henri Coste, Benjamin Le Pendeven, Dominique-Anne Michel, "Monde politique et culture entrepreneuriale", Entreprendre & Innover, Vol 32, n°1, pp5-7

Notes et références

  1. Thomas C. Cochran, 1965, "The entrepreneur in economic change", Explorations in Economic History, 3(1), pp25-38
  2. En 2003, la fondation FREE a été créée pour encourager le goût d’entreprendre dans le système d’enseignement wallon (Belgique).
  3. T. Pilsh, B. Shimshon, 2007, "Enterprise for all", London, UK, The Smith Institute
  4. “Western child-rearing techniques which reinforce the value of self-reliance may tend to foster bold entrepreneurial behavior in adulthood. Kinship structure among many African tribes provides the networks through which business people can acquire training and start-up capital. Confucian philosophy which values long-term planning over short-sighted results may in part account for the high savings rate in some Asian societies. Different societies can emphasize varying aspects of markets by drawing upon their unique comparative cultural advantage.” Don Lavoie et Emily Chamlee-Wright, 2001, Culture and Enterprise : The Development, Representation and Morality of Business, p65
  5. (protectionnisme, minorité ethnique, genre et orientation sexuelle, âge, pratique religieuse, syndicale et politique, etc.)
  6. Sylvia Maxfield, 2008, "Reconciling Corporate Citizenship and Competitive Strategy: Insights from Economic Theory", Journal of Business Ethics, Vol 80, pp367–377
  7. * Matthew Kenney et Bahaudin G. Mujtaba, 2007, "Understanding Corporate Entrepreneurship and Development: A Practitioner View of Organizational Intrapreneurship, Journal of Applied Management and Entrepreneurship, July

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