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Laissez-faire

De Wikiberal
Turgot : "laissez-faire !"
Cet article concerne le laissez-faire en économie. Voir aussi Laissez Faire Books (librairie) et Laissez-Faire (revue).

Le laissez-faire désigne la possibilité d'échanges entre acteurs économiques sans entraves de l'État (règlementations, protectionnisme, subventions...) autres que pour protéger le droit de propriété.

Le laissez-faire n'a rien à voir avec le "laisser-faire", auquel certains font allusion. Les libéraux sont conscients qu'une société ne peut exister sans règles.

Généalogie

La maxime du "laissez faire" est apparue chez les physiocrates, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. D'abord, la maxime initiale n'a jamais été "laissez-faire" mais "laissez-nous faire" et, plus complètement, "laissez-nous faire, laissez-nous passer". Il y a une querelle historique sur cette humble supplique de commerçants pour que l'État corporatiste d'Ancien régime desserre l'étau de ses règlementations. L'origine s'en trouve chez Turgot, dans son Eloge de M. de Gournay. Il prête la maxime "laissez-nous faire" à un commerçant lyonnais du temps de Colbert, mais il semble bien que la formule soit de Gournay lui-même. "Laissez-faire, laissez passer" les grains entre les provinces. A cette époque, la France était hérissée d'octrois et de droits contre la circulation libre. L'État avait le contrôle du commerce des grains, ce qui provoquait de nombreuses famines.

L'idée, géniale, qui se cachait derrière le "laissez-nous faire", était que la liberté de circulation des grains entraînerait un enrichissement général. Qui peut dire qu'il n'en a pas été ainsi ? La société d'Ancien régime, avec 25 millions d'habitants, vivait de famine en crise de subsistances. À partir du moment où la liberté a été instaurée (la Révolution française supprime définitivement les douanes intérieures), la disette ne fut plus jamais qu'un souvenir.

Le libéralisme n'est pas le laisser faire généralisé

Si seulement il pouvait en aller ainsi ! Mais nous en sommes loin. C'est d'ailleurs une chose étrange que la maxime "laissez-faire" puisse figurer en tête du réquisitoire contre le libéralisme. Appliquée à un individu, l'idée qu'il vaut mieux le laisser faire plutôt que de le contraindre remporte le plus souvent la faveur de tous : c'est le traiter en adulte. Appliquée à une nation, laisser faire les citoyens deviendrait l'horreur. Le fait qu'il y ait là un objet de détestation en révèle plus sur ceux qui profèrent l'anathème que sur ceux qui, la première fois, ont brandi la maxime comme un cri en faveur de la liberté. Considérer que "laisser faire", cela ne serait pas bien, c'est dire à l'inverse qu'on se méfie du peuple et des êtres humains en général, qu'on ne croit qu'au contrôle, à l'embrigadement, à la surveillance, à la coercition.

Remarquons d'abord qu'associer le libéralisme à la maxime "laissez-faire" répond, en creux, à l'objection selon laquelle nous vivrions dans une société libérale. Qui peut avoir le sentiment que nous vivons dans une société économique du "laissez-faire" alors que règne le "harcèlement textuel" ?

Pour prendre l'exemple français, sur une population active de 23 millions de personnes, il y a 2,5 millions de fonctionnaires d'État et un peu plus de 5 millions d'individus qui travaillent dans le secteur public. Quel que soit leur rôle, de l'employé d'état-civil au vice-président du Conseil d'État, en passant par l'enseignant, le postier, l'infirmière d'hôpital ou le gendarme, ces cinq millions de personnes ont en commun une mission : prendre soin de nous, de notre argent, de notre éducation, de notre santé, de notre cadre de vie, de nos déplacements, en bref, qu'on le veuille ou non, contrôler nos façons d'être. Il peut y avoir du "laisser aller" dans la société, sûrement pas du "laissez-faire".

Voir aussi

Citations

  • «  Le bien général doit être le résultat des efforts de chaque particulier pour son propre intérêt (...). Ce que l’État doit à chacun de ses membres c'est la destruction des obstacles qui le gêneraient dans leur industrie (...). Les hommes sont-ils puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer ? LAISSEZ-LES FAIRE. Voilà le grand, l'unique principe. » (Turgot, article « Fondation » pour l'Encyclopédie de D'Alembert et Diderot)
  • « Rayons donc, pour tout ce qui n'a pas de rapport à des crimes positifs, les mots de comprimer, d' extirper, et de diriger, du vocabulaire du pouvoir. Pour la pensée, pour l'éducation, pour l'industrie, la devise des gouvernements doit être : Laissez faire, laissez passer. » (Benjamin Constant, Commentaire sur l'ouvrage de Filangieri)
  • « Laissez faire ne signifie pas : laissez agir des forces mécaniques sans âme. Il signifie : permettez à chaque individu de choisir comment il veut coopérer dans la division sociale du travail; permettez aux consommateurs de déterminer ce que les entrepreneurs doivent produire. » (Ludwig von Mises, L'Action humaine)
  • « Le Laissez-faire, ce n'est pas l'anarchie : ce sont les Droits de l'homme ; une autre de ses définitions est : le respect absolu des droits de propriété. C'est donc le contraire de l'absence de toute règle : pour se conformer aux lois de la réalité, la liberté totale implique logiquement que personne n'ait le pouvoir de violer la liberté d'autrui. Le principe laissez-fairiste contient en fait à lui seul l'ensemble des règles de droit qui font des rapports civilisés entre les hommes ; il ordonne de respecter la possession naturelle, le contrôle des choses produites par l'action passée, et préserve toutes les possibilités de l'action future. » (François Guillaumat)
  • « Le laissez-faire ou le libre marché ne suppose pas que chacun connaît toujours le mieux dans son propre intérêt, il affirme plutôt que chacun devrait avoir le droit d'être libre de poursuivre son propre intérêt comme il considère le mieux. » (Murray Rothbard)
  • « Laissez faire, telle devrait être la devise de toute puissance publique, depuis que le monde est civilisé... Détestable principe que celui de ne vouloir grandir que par l'abaissement de nos voisins ! Il n’y a que la méchanceté et la malignité du cœur de satisfaites dans ce principe, et l'intérêt y est opposé. Laissez faire, morbleu ! Laissez faire !! » (René de Voyer, marquis d’Argenson, Mémoires)
  • « Si l'on rejette le laissez-faire en raison de la faillibilité et de la faiblesse morale de l'être humain, alors on doit également rejeter, pour la même raison, toute espèce d'action gouvernementale. » (Ludwig von Mises)
  • « Les socialistes disent : Laissez faire ! mais c’est une horreur ! — Et pourquoi, s’il vous plaît ? — Parce que, quand on les laisse faire, les hommes font mal et agissent contre leurs intérêts. Il est bon que l’État les dirige. — Voilà qui est plaisant. Quoi ! vous avez une telle foi dans la sagacité humaine que vous voulez le suffrage universel et le gouvernement de tous par tous ; et puis, ces mêmes hommes que vous jugez aptes à gouverner les autres, vous les proclamez inaptes à se gouverner eux-mêmes ! » (Frédéric Bastiat)
  • « Historiquement, le « laissez-faire, laissez-passer » constituait une réaction contre le colbertisme, son dirigisme étouffant et ses privilèges sclérosants. C’était, prioritairement, une revendication de responsabilités. « Laissez-faire, laissez-passer », c’était une façon de permettre l’ascension des individus, la liberté d’épanouissement des originalités personnelles. » (Alain Madelin)

Bibliographie

  • 1873, J. E. Cairnes, "Political Economy and Laissez-Faire", Essays on Political Economy, London: Macmillan
  • 1948, J. B. Brebner, "Laissez-Faire and State Intervention in Nineteenth-Century Britain", Journal of Economic History, Supplement, pp59-70
  • 1949, Joseph A. Spengler, "Laissez-Faire and Interventionism: A Potential Source of Historical Error", Journal of Political Economy, Vol 57, n°5, October, pp438-441
  • 1956, Sidney Fine, "Laissez-faire and the general welfare state: A study of conflict in American thought, 1865-1901", Ann Arbor: University of Michigan Press
  • 1962, Calvin Woodard, "Reality and Social Reform: The Transition from Laissez-Faire to the Welfare State", Yale Law Journal, Vol 72, n°2, December, pp286-328
  • 1966, Edward R. Kittrell, "'Laissez Faire' in English Classical Economics", Journal of the History of Ideas, Vol 27, n°4, Oct.- Dec., pp610-620
  • 1967, R. L. Crouch, "Laissez-faire in nineteenth century Britain: Myth or reality?", The Manchester School of Economic and Social Studies, Vol 35, n°3, pp199-215
  • 1968, H. Scott Gordon, "Laissez-Faire", International Encyclopedia of the Social Sciences. New York
  • 1971, H. Scott Gordon, "The Ideology of Laissez-Faire", In: A. W. Coats, "The Classical Economists and Economic Policy", London: Methuen and Co. Ltd.
  • 1972, Arthur J. Taylor, "Laissez-Faire and State Intervention in Nineteenth-Century Britain", London: Macmillan
  • 1976, Colin J. Holmes, "Laissez-Faire in Theory and Practice: Britain 1800-1875", Journal of European Economic History, Vol 5, n°3, Winter
  • 1979, Ellen Frankel Paul, "Moral Revolution and Economic Science: The Demise of Laissez-Faire in Nineteenth-Century British Political Economy", Westport, Connecticut: Greenwood Press
  • 1998, Hans Willgerodt, Die Liberalen und ihr Staat – Gesellschaftspolitik zwischen Laissez-faire und Diktatur, Ordo, n°49
  • 2005, Andrew Bernstein, The Capitalist Manifesto: The Historic, Economic, and Philosophic Case for Laissez-Faire, University Press of America

Liens externes

En français

En anglais


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