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Platon

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Platon (Πλάτων, Athènes -427 / -348) est un philosophe de la Grèce antique, disciple de Socrate. Surnommé le « divin Platon », il est considéré comme le premier grand philosophe. Sa philosophie est l'une des plus importantes de l'histoire de l'Occident. Elle l'influencera à un point tel que Nietzsche se posera en démolisseur des valeurs philosophiques reçues depuis Platon. La République (De la justice), son ouvrage le plus connu et le plus célèbre, inaugure la philosophie politique.

Ceci est un point de vue libéral sur Platon, retrouvez tout Platon sur Wikipédia pour un exposé plus complet.

Avertissement : comme le rappelle Roger-Pol Droit, il n'y a pas de "système de Platon". Dans ses dialogues, ses récits, Platon ne prend pas parti, "jamais il n'expose directement une doctrine dont on pourrait être sûr qu'elle est bien la sienne"[1]. Ce qu'on appelle "platonisme" est donc une philosophie attribuée à Platon par les philosophes qui lui ont succédé.

Un penseur de la société close

Comme l'a souligné le philosophe Karl Popper dans La Société ouverte et ses ennemis, la cité platonicienne est sans doute le premier modèle de société totalitaire: elle est soumise à une politique qui prétend régir intégralement la vie des hommes, en les organisant dans un système de fonctions tripartite (philosophes, gardiens et travailleurs) d'origine indo-européenne. Certains auteurs comme Madsen Pirie[2] affirment que Platon l'Athénien décrit en fait Sparte, l'ennemie d'Athènes, par une rationalisation ex post de l'État spartiate :

  • suspicions contre le commerce, les métèques et le cosmopolitisme: République, livre I (qui se déroule au Pirée)
  • cité autarcique : Les lois (sur une île et loin de la côte)
  • censure stricte
  • politique totalitaire : collectivisme total (sexualité, éducation des enfants qui ne connaissent pas leurs géniteurs, etc.) pour les gardiens dans la République, l'activité commerciale existant à la marge et tout en étant encadrée ; division de la société en quatre classes, enfermement puis mise à mort de l'impie si le conseil de contrôle de la Cité (le Conseil Nocturne) ne réussit à le faire rentrer dans le rang...
  • pratiques eugénistes : si entre gardiens, le partenaire sexuel est tiré au sort, il est néanmoins veillé à ce que ceux de la race d'or se reproduisent ensemble et en priorité en arrangeant le hasard.

Cette vision de la société idéale est aux antipodes des conceptions modernes, mais elle correspond à la conception antique qui lie la justice dans les relations humaines à l'harmonie du cosmos et à l'ordre de l'univers. On trouve une vision comparable dans le système des castes de l'hindouisme. On aboutit nécessairement à une organisation aristocratique de la société : rois-philosophes chez Platon, seuls capables d'accéder aux Idées, brahmanes dans l'hindouisme, seuls capables de maintenir l'ordre du monde par le rite. Platon, comme l'ensemble des penseurs antiques, a une grande méfiance à l'égard de la démocratie, « qui dispense une sorte d'égalité aussi bien à ce qui est inégal qu'à ce qui est égal ». Pour lui, l'égalité démocratique ne peut en outre concerner que des hommes « issus d'une mère commune », c'est une égalité ethnique au sein de la Cité, qui ne peut concerner les esclaves ou les étrangers.

L'utopie politique platonicienne de La République a très peu marqué la pratique politique, bien qu'elle ait eu quelques adeptes. Jacques Brunschwig cite Chaeron de Pellène, le projet Platonopolis de Plotin en Campanie, et mentionne David Ben Gourion (fondateur d'Israël), auteur d'un article sur « Platon et l'esclavage » où il souligne que l'armée israélienne applique le conseil de Platon d'enrôler des femmes... A propos des écrits politiques de Platon et d'Aristote, Pascal écrira : « C’était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie ; la plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement. S’ils ont écrit de politique c’était comme pour régler un hôpital de fous. »

Un anti-individualiste

La philosophie de Platon est également anti-individualiste, comme l'illustre ce passage du Criton (49e et s.):

« - Socrate [faisant parler les Lois] « Quel sujet de plainte as-tu contre nous et contre la République pour entreprendre ainsi de nous renverser [en t'enfuyant] ? Et d'abord, n'est-ce pas nous qui t'avons donné la vie? N'est-ce pas nous qui avons présidé à l'union de ton père et de ta mère, ainsi qu'à ta naissance ? Déclare-le hautement: as-tu à te plaindre de celles d'entre-nous qui règlent les mariages et les trouves-tu mauvaises? […] Est-ce de celles qui déterminent la nourriture de l'enfant et l'éducation selon laquelle tu as été élevé toi-même ? Celles qui ont été instituées pour cet objet n'ont-elles pas bien fait d'ordonner à ton père de t'élever dans les exercices de la musique et de la gymnastique? »

- Criton: Très bien, répondrais-je.
- Socrate: « A la bonne heure. Mais, puisque c'est à nous que tu dois ta naissance, ta nourriture et ton éducation, peux-tu nier que tu sois notre enfant, notre esclave même, toi et tes ancêtres? Et s'il en est ainsi, crois-tu que tu aies contre nous les mêmes droits que nous avons contre toi, et que tout ce que nous pourrions entreprendre contre toi, tu puisses à ton tour l'entreprendre justement contre nous ? Eh quoi ! tandis qu'à l'égard d'un père ou d'un maître, si tu en avais un, tu n'aurais pas des droits égaux, comme de leur rendre injures pour injures, coups pour coups, ni rien de semblable, tu aurais tous ces droits envers les lois et la patrie, en sorte que si nous avons prononcé ta mort, croyant qu'elle est juste, tu entreprendras à ton tour de nous détruire, nous qui sommes les Lois, et la patrie avec nous, autant qu'il est en toi, et tu diras que tu es en droit d'agir ainsi, toi qui te consacres en réalité au culte de la vertu ? Ta sagesse va-t-elle jusqu'à ignorer que la patrie est, aux yeux des dieux et des hommes sensés, quelque chose de plus cher, plus respectable, plus auguste et plus saint qu'une mère, un père et tous les aïeux ? qu'il faut avoir pour la patrie, même irritée, plus de respect, de soumission et d'égard, que pour un père ? qu'il faut l'adoucir par la persuasion ou faire tout ce qu'elle ordonne, et souffrir sans murmure ce qu'elle commande, soit qu'elle nous condamne aux verges ou aux fers, soit qu'elle nous envoie à la guerre pour être blessés et tués ? que notre devoir est de lui obéir, que la justice le veut ainsi, qu'il ne faut jamais ni reculer, ni lâcher pied, ni quitter son poste ? que dans les combats, devant les tribunaux et partout, il faut faire ce qu'ordonnent l'État et la patrie, ou employer les moyens de persuasion que la justice avoue ? qu'enfin, si c'est une impiété de faire violence à son père ou à sa mère, c'est une impiété bien plus grande encore de faire violence à sa patrie ? » Que répondrons-nous à cela, Criton ? Reconnaîtrons-nous que les lois disent la vérité, ou non ?

- Criton: ll me semble qu'elles disent la vérité. »

Bibliographie

  • Platon. 1943. Œuvres complètes. 2 tomes. Bibliothèque de la Pléiade. Paris : Gallimard.
  • Platon. 2008. Œuvres complètes. Paris : Flammarion. (ISBN 978-2-0812-1810-9)
  • Karl Popper, La Société ouverte et ses ennemis, t.I : L'Ascendant de Platon (1945)
  • 1985, W. F. Campbell, The Free Market for Goods and the Free Market for Ideas in the Platonic Dialogues, History of Political Economy,

Vol. 17, n°2, Summer, pp187-197

Citations

  • Inventeur de la théorie des Idées, Platon démontre que nous sommes prisonniers d'une caverne insalubre et que nous tournons le dos à la vraie vie qui est ailleurs. (Basile de Koch, Histoire universelle de la pensée, 2005) (humour)


Pages connexes


Notes et références

  1. La compagnie des philosophes, éd. Odile Jacob, 1998 (page 49).
  2. Madsen Pirie, La Micropolitique, [lire en ligne]

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