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État-providence
De Wikiberal.
L'État-providence est une forme d'organisation sociale dans laquelle l'État prétend assurer directement ou indirectement le bien-être — social — des citoyens en jouant un rôle central de régulation de l'économie et de redistribution des richesses et des revenus, afin de réaliser des objectifs affichés de « justice sociale ».
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Origine et sens de l'expression
L'expression d'État-providence a été forgée par Emile Ollivier, grand opposant libéral à l'Empire, qui exprimait son mépris pour la prétention de l'État à se prendre pour la providence divine :
«Nous saisissons dans cette théorie exposée par Le Chapelier l'erreur fondamentale de la Révolution Française (...) De là sont sortis les excès de la centralisation, l'extension démesurée des droits sociaux, les exagérations des réformateurs socialistes ; de là le procès de Babeuf, la conception de l'Etat-providence, le despotisme révolutionnaire sous toutes ses formes »
— Emile Ollivier, dans son discours à l'Assemblée nationale du 27 avril 1864.
Selon Pierre Rosanvallon, le terme État-providence s'est éloigné de l'expression forgée par Emile Ollivier pour prendre un sens beaucoup moins péjoratif, comme c'est également le cas pour l'État régalien et la notion de travail.
Au sens strict, la notion d’État-providence signifie la monopolisation par l’État des fonctions de "solidarité" sociale[1]. Dans les démocraties libérales occidentales, l’État-providence n'a pas pu avoir de monopole des fonctions de solidarité sociale puisque les associations, les familles, et plus globalement la société civile y participent quotidiennement. C'est pourquoi il existe des degrés très variables d'étatisation de la solidarité (selon que le régime politique est conservateur, social-démocrate ou libéral).
Au sens large, l'État-providence englobe la protection sociale et l'éducation nationale[2].
Historique
Cette attitude de régulation sociale est apparue dans des contextes de développement de l'économie de marché et du capitalisme.
Au XIXe siècle, les premiers systèmes d'assurances maladie et vieillesse apparaissent avec le Sozialstaat de Bismarck, dès 1883, en Allemagne, qui prétend protéger la classe ouvrière, éviter la propagation des idées plus radicales, et rendre plus risquée la révolution pour les employés (l'ouvrier qui sait qu'il aura une retraite hésite à lâcher cet espoir pour un hypothétique mieux-être révolutionnaire). Le bien-être des membres de la société est alors fondé sur la garantie des revenus.
Social Insurance and Allied Services de Lord Beveridge fournit les bases de réflexion à l’instauration du Welfare State, un système universel, uniforme et unitaire. Beveridge deviendra le père du système de sécurité sociale en Europe occidentale.
Keynes, après la crise économique des années 1930, considère que seul l'État, par son intervention « est en mesure de rétablir les équilibres fondamentaux », et que l'État-providence donne au système économique une plus grande inertie. On le présente alors comme jouant un rôle d'"amortisseur des crises".
En France, l'État-providence n'a cessé de s'accroître, notamment depuis 1945 (création de la Sécurité sociale).
Point de vue libéral
Les libéraux, depuis Tocqueville, considèrent que l'État-providence chasse et remplace les solidarités primaires, isole les individus, développe l'assistanat, et décourage les producteurs de richesse et nuit à la croissance. Les libéraux remettent en cause l’État-providence en critiquant la redistribution passive et bureaucratique, le coût exorbitant des politiques sociales (qui n'est jamais comparé aux bienfaits prétendument apportés), la progression continue du taux de prélèvements obligatoires, le manque de transparence et de gestion de l'État-providence. Ce dernier s'accompagne de l'apparition d'une "nouvelle pauvreté" (montée du chômage) et d'un taux de croissance faible.
L'historien David G. Green a montré comment en Angleterre, au XIXe siècle, les "Friendly Societies" aidaient les plus pauvres et comment l'Etat-providence a peu à peu évincé ces institutions. Cette transformation s'est faite, non pas au profit des classes laborieuses, mais au profit d'un groupe de pression politique, en l'occurence le corps médical.
Pour les libertariens, l'État-providence est la plus vieille escroquerie du monde, pratiquée dans le passé par tous les dominants et tous les pouvoirs. Elle consiste seulement à prendre l'argent des gens, et à le leur rendre « généreusement » un peu sous forme de protection, comme peut le faire n'importe quel parrain de la mafia. Comme les ressources fiscales sont limitées et qu'on ne peut redistribuer aux gens plus qu'on ne leur prélève, l'État-providence finit par reposer principalement sur la dette publique jusqu'à ce que la faillite survienne.
En réalité, la société perpétue ainsi une vieille tradition de paternalisme qui remonte au Moyen-Age, où le seigneur se devait de protéger ses serfs, et la bourgeoisie du XIXe siècle, imprégnée de cette notion de charité, a consacré la tradition. L'individu est considéré comme un assisté, incapable de se prendre en charge.
Citations
- « Cet État se veut si bienveillant envers ses citoyens qu'il entend se substituer à eux dans l'organisation de leur propre vie. Ira-t-il jusqu'à les empêcher de vivre pour mieux les protéger d'eux-mêmes ? (...) Le plus grand soin d’un bon gouvernement devrait être d’habituer peu à peu les peuples à se passer de lui. » (Alexis de Tocqueville)
- « Une première calamité étant créée par les hommes de l’État, ils en créent d’autres pour prétendument corriger la première tout en s’enrichissant eux-mêmes personnellement sur la chaîne sans fin des calamités. » (Michel de Poncins)
- « Les États totalitaires détruisent la liberté individuelle en la supprimant purement et simplement, l'État se proposant d’administrer toute l’économie du pays. Les États providences agissent plus sournoisement, offrant au peuple une "sécurité sociale" en échange de sa liberté, substituant la responsabilité collective à la responsabilité individuelle. Dans le premier cas, les individus ne peuvent plus agir ; dans le second cas, les individus ne savent plus agir. » (Jean-Louis Caccomo)
- « Le patron, dans le système capitaliste pur, ne fait que louer au salarié sa force de travail. Il ne se préoccupe de son état de santé ou de son moral que si c'est dans son intérêt. Dans l'État-providence, en revanche, le statut des employés et ouvriers est à bien des égards plus proche du statut d'esclaves que de celui des travailleurs libres des débuts de la révolution industrielle. » (Philippe Simonnot)
- « L'État-providence est une pornographie de la générosité, car il nous force à accomplir les gestes, même si nous n'éprouvons pas le sentiment. Le capitaliste connaît la valeur de la générosité, car il connaît la valeur de la propriété. » (Christian Michel)
- « Le Welfare State, tel qu'il fonctionne actuellement, n'est bien souvent qu'une vaste escroquerie. Il faut montrer aux citoyens que tout ce qu'on leur vend au nom de la solidarité nationale aboutit trop souvent à des résultats très différents des intentions affichées et coûte à la nation (et à un grand nombre de défavorisés) plus que cela ne lui rapporte. » (Henri Lepage, Demain le capitalisme, 1978)
Notes et références
Bibliographie
- Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (1835)
- Friedrich Hayek, La Route de la servitude (1944)
- Pierre Rosanvallon, La crise de l’Etat-Providence (1981)
- François Ewald, L'État-providence (1986)
- David G. Green, Reinventing Civil Society, (1993)
- David Beito, From Mutual Aid to the Welfare State: Fraternal Societies and Social Services, University of North Carolina Press (Cambridge), 1992
Voir aussi
- Chômage, Inégalités, justice sociale, pauvreté, Protection sociale, Risque, société, Solidarité, David G. Green, David Beito
Liens externes
- (en)
[pdf]Origins of The Welfare State in America, par Murray Rothbard
- (fr) L'Etat providence face à la mutation des risques sociaux
- (en) Helping the poor, Robert Whelan
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