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Loi de l'offre et de la demande

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Loi de l'offre et de la demande, par Dilbert

La loi de l'offre et de la demande est l'un des éléments essentiels expliquant le fonctionnement d'une économie de marché. Elle indique comment se concilient, par l'arbitrage pacifique du marché, les intérêts apparemment contradictoires des offreurs et des demandeurs.

En particulier la loi de l'offre et de la demande nous montre que, sur n'importe quel marché, il existe toujours un niveau de prix qui supprime la pénurie (ou l'excédent) et qui équilibre la quantité offerte et la quantité demandée (pour ce prix, les producteurs sont prêts à vendre la même quantité de biens que celle que les consommateurs veulent acheter). Un tel niveau de prix est qualifié d'optimal, parce qu'il maximise les avantages et minimise les inconvénients, pour les vendeurs comme pour les acheteurs.

Ce niveau de prix, qui résulte de l'offre et de la demande, détermine un équilibre qui est qualifié de stable, ce qui signifie que si l'on s'éloigne de cet équilibre, des mécanismes automatiques (ceux du marché) ramènent vers l'équilibre ; c'est ainsi, par exemple, que pour un niveau de prix inférieur à l'équilibre, il existera un excès de la demande sur l'offre qui va provoquer une hausse des prix qui perdurera jusqu'au retour à l'équilibre ; cette hausse des prix, en particulier, va pousser les producteurs à augmenter l'offre, résorbant ainsi la pénurie potentielle.

Ce mécanisme de rééquilibrage repose naturellement sur la libre variation des prix. En ce sens, le blocage des prix, leur fixation autoritaire par les pouvoirs publics, constituent toujours une aberration économique. Si le prix est fixé à un niveau trop élevé, la surproduction est inévitable ; c'est par exemple le cas de nombreux produits agricoles, à l'intérieur du marché commun, pour lesquels il existe des prix garantis qui favorisent une surproduction et créent les excédents que l'on connaît. Un raisonnement identique peut être appliqué au marché du travail, où un salaire minimum trop élevé est créateur de chômage. En sens inverse, si le prix est fixé par les pouvoirs publics à un niveau trop bas (prétendument pour empêcher l'inflation), la demande excède l'offre, ce qui entraîne la pénurie : l'exemple du contrôle des loyers explique largement les pénuries de logement que l'on a pu observer. Ce type de déséquilibre est encore plus évident dans les économies planifiées, où tous les prix sont bloqués et où se développent les pénuries, les files d'attente et le marché noir.

Sommaire

Élasticité de la demande

On parle de demande élastique quand la demande varie beaucoup s'il y a variation du prix, de demande inélastique si une baisse ou une hausse de prix a peu de conséquences sur la demande. Les composants de l'élasticité sont :

  • l'effet de substitution (si le prix devient prohibitif, par exemple en raison d'une situation de monopole, les acheteurs se tourneront vers des produits de substitution plus abordables ; inversement, si le prix d'un produit devient attractif, les acheteurs auront tendance à délaisser d'autres produits équivalents pour se tourner vers ce produit) ;
  • l'effet de revenu (une baisse de prix fournit un « revenu » disponible pour de nouveaux achats du même produit, ou pour d'autres produits davantage convoités) ;
  • l'effet de participation (une baisse de prix ciblée en direction de nouveaux entrants sur le marché permet d'augmenter la demande globale).

Impossibilité mathématique

L'École autrichienne d'économie s'oppose au point de vue statique et réducteur qui tend à décrire la loi de l'offre et de la demande par les mathématiques, et par les courbes d'offre et de demande :

« Demande et offre sont le produit du comportement des gens qui achètent et qui vendent. Si, les choses restant égales par ailleurs, l'offre augmente, les prix doivent baisser. Au prix antérieur, tous ceux qui étaient disposés à payer ce prix pouvaient acheter la quantité qu'ils désiraient. Si l'offre augmente, il leur faut acheter des quantités supérieures, ou que d'autres personnes qui n'achetaient pas précédemment deviennent désireuses d'acheter. Cela ne peut se réaliser qu'à un prix moindre. Il est possible de représenter graphiquement cette interaction en dessinant deux courbes, la courbe de l'offre et la courbe de la demande, dont le point d'intersection montre le prix. Il est possible également de l'exprimer par des symboles mathématiques. Mais il est nécessaire de comprendre que de tels modes de représentation graphique ou mathématique n'affectent pas l'essence de notre interprétation, et qu'ils n'ajoutent absolument rien à notre compréhension. En outre, il est important d'avoir conscience de ce que nous ne disposons d'aucune connaissance ni expérience concernant la forme de telles courbes. Ce que nous connaissons, ce sont toujours des prix de marché — c'est-à-dire non les courbes mais seulement un point, que nous interprétons comme l'intersection de deux courbes supposées. En dessiner peut être un moyen pratique pour rendre les questions plus visibles aux étudiants. Pour les problèmes réels de la catallactique ce ne sont que des mimiques accessoires. »
    — Ludwig von Mises, L'Action humaine

En effet, le diagramme "offre/demande" présuppose une "loi du prix unique" (qui s'énonce ainsi : "dans un marché efficient chaque bien identique doit avoir le même prix en tout point de ce marché"). Elle présuppose aussi que les agents soient à la fois preneurs de prix et faiseurs de prix (au prix unique apparemment fixé par une autorité centrale). Lorsque ce prix est un prix de déséquilibre, il n'y a pas égalité offre/demande, mais la loi suppose également que les agents se mettent comme par magie à fabriquer les prix et que la concurrence amène au prix d'équilibre.

Le contrôle des prix

Les économistes libéraux critiquent ou dénoncent les pratiques de contrôle des prix, ne serait-ce que parce qu'elles sont contre-productives.

Des pratiques de contrôle des prix ont toujours existé dans presque tous les pays du monde, notamment en France[1]. Elles consistent en la fixation de prix arbitraires (exemple : les prix des consultations médicales), en l’instauration de prix minimums pour protéger les vendeurs (exemple : le salaire minimum) ou pour protéger les autres clients des vendeurs contre le risque de faillite des vendeurs (exemple : les tarifs de certains contrats d'assurance) ou pour protéger les producteurs actuels contre la concurrence de nouveaux venus (exemple : l'interdiction de la vente à perte), en l’instauration de prix maximums pour protéger les acheteurs (exemple : le taux d’usure), ou encore en l’encadrement de l’évolution des prix (exemple : la limitation de la hausse des loyers).

L’argument, partagé par la majorité des économistes et fondé sur l’observation de la loi de l’offre et de la demande, est le suivant :

Graphique en faveur d'un système de prix libres pour réguler l'offre et la demande, The Freeman, 1958
  • Lorsque les pouvoirs publics veulent protéger les vendeurs, ils instituent un prix minimum (par exemple un salaire minimum) supérieur au prix d’équilibre. Il s’ensuit (voir sur le graphique) que la demande est inférieure à l’offre, et même inférieure à la demande qui correspondrait au prix d’équilibre, si bien que l’offre n’est pas satisfaite (exemple : dans le monde du travail, il y a alors progression du chômage). Cette politique, mise en œuvre pour protéger les vendeurs, a donc pour effet d’empêcher les vendeurs de vendre. Cette politique nuit à ceux qu’elle devait protéger. C'est par exemple l'argument développé par le Prix Nobel d'économie Gary Becker, qui le résume en : « augmenter le salaire minimum, c'est augmenter le chômage »[2].
  • De même, lorsque les pouvoirs publics veulent protéger les acheteurs, ils instituent un prix maximum inférieur au prix d’équilibre. Il s’ensuit (voir sur le graphique) que l’offre est inférieure à la demande, et même inférieure à l’offre qui correspondrait au prix d’équilibre, si bien que les producteurs ont intérêt à ne plus produire et que la demande n’est pas satisfaite. Cette politique, mise en œuvre pour protéger les acheteurs, a donc pour effet d’empêcher les acheteurs d’acheter. Cette politique nuit également à ceux qu’elle devait protéger. Le Ludwig von Mises Institute l'illustre par les pénuries alimentaires ou famines nées du contrôle des prix[3].

Politique de la demande et politique de l'offre

Searchtool-80%.png Article connexe : Économie de l'offre.

En économie politique, on distingue souvent deux types de politiques opposées.

La politique de la demande (Thomas Malthus, John Maynard Keynes, Karl Marx) met l'accent sur la demande, les dépenses, par crainte d'excès d'offre, d'excès d'épargne, de surproduction, de « manque de débouchés » pour les produits, provoquant le chômage et la fermeture des entreprises. Pour Marx, la sous-consommation ouvrière finira par causer la perte du capitalisme. Keynes explique la crise de 1929 par une faiblesse de la demande globale : il faut donc augmenter la demande et les dépenses publiques pour assurer le plein-emploi, la dette publique étant vue comme un « levier ». La crise pétrolière des années 1970 devait montrer l'inefficacité de cette théorie qui entraîne inflation et stagnation économique.

La politique de l'offre, dont la première formulation fut la loi de Say ou loi des débouchés, joue sur les incitations à la production, au travail, à l'épargne, à l'investissement, par la baisse des impôts et la dérégulation. Une croissance économique durable ne peut naître que d'une augmentation du volume de travail ou de la productivité. Le travail et le capital, combinés au sein des entreprises, sont des facteurs premiers, et non une finalité en soi ; c'est l'offre, la prise de risque par les entrepreneurs, qui « tire » la demande.

Pourquoi ces lois économiques sont si peu comprises

L'économiste suisse Bruno S. Frey est l’un des rares économistes à s’être demandé pourquoi les lois de l’offre et de la demande, centrales dans toute réflexion économique, étaient si mal comprises. Il avance cinq arguments pour expliquer cette faible compréhension :

  1. argument cognitif : les gens souffrent d’un déficit de connaissance sur les lois du marché ;
  2. argument politique : syndicats et lobbies font pression sur l’État pour fausser le système des prix en leur faveur ;
  3. argument de justice : les gens sont réfractaires à ce système de fixation des prix, car ils estiment qu’il mène à des situations inéquitables (cf. juste prix);
  4. argument psychologique : il y a un coût psychologique à entrer dans un processus d’échange, et ce coût joue à l’encontre de l’extension des échanges marchands, et par conséquent génère une méfiance à l’encontre du système des prix ;
  5. argument moral : l’extension des échanges à certains domaines constituerait une menace pour des valeurs morales intrinsèques, du coup le système des prix serait perçu comme immoral.

Voir la réfutation de ces arguments par Philippe Simonnot[4].

Les effets de l'interventionnisme étatique

Le loyer

Searchtool-80%.png Article connexe : Logement.

Les hommes de l'État ont toujours eu la tentation de fixer les niveaux des loyers, ce qui a, à chaque fois, entrainé des conséquences néfastes pour les plus fragiles. Moins de logements sont construits puisque la rentabilité en serait faible. En outre la protection excessive des locataires pousse les propriétaires à demander des cautions toujours plus nombreuses pour pallier le risque de ne pas être payé par un locataire qu'on ne peut alors expulser du logement. Comme le note l'ALEPS, « si le prix est fixé par les pouvoirs publics à un niveau trop bas (prétendument pour empêcher l'inflation), la demande excède l'offre, ce qui entraîne la pénurie : l'exemple du contrôle des loyers explique largement les pénuries de logement que l'on a pu observer »[5].

La Sécurité sociale française

En France, l'État fixe arbitrairement non seulement le prix de la consultation médicale, mais aussi le prix de remboursement des frais médicaux (consultations médicales, médicaments, et autres prestations médicales, comme les radios etc.), et le montant des cotisations (avec la CSG et la CRDS). Il oblige à souscrire obligatoirement à une caisse de sécurité sociale et de retraite, pré-sélectionnées par cet État et donc érigées en monopoles. Ce qui a pour effet de handicaper la médecine libérale, parce que cela empêche les médecins d'investir, de moderniser leur matériel médical, et de financer des formations pour les futurs médecins, au risque de causer des erreurs de diagnostic, voire de ne plus offrir à la population un niveau correct de protection médicale (par manque de médecins).

La répartition égalitariste induit des effets d'assistanat, d'irresponsabilité, de laxisme, un appauvrissement de la population et donc entraîne des pénalités de plus en plus fortes contre les médecins, obligés de prescrire de plus en plus d'ordonnances. Depuis 1992, trois directives européennes ont ouvert une première brèche dans ce monopole de la Sécurité Sociale (voir abrogation du monopole de la Sécurité Sociale) laissant présager d'une future libre concurrence des systèmes de protection sociale, au sein de l'Union européenne.

La monnaie

En général, les banques centrales, associées, liées ou « soumises » au pouvoir politique, quel que soit l'État-Nation, ont le monopole d'émission de la monnaie, ce qui implique que la loi de l'offre et de la demande est arbitrairement modifiée en fonction des orientations de la politique économique de ces États-Nations. En effet, pour répondre aux exigences des pouvoirs politiques, ces banques centrales interviennent, de telle sorte que l'adéquation ou l'équivalence entre la quantité de produits, d'une part, et la masse monétaire disponible en circulation, d'autre part, est rompue. Ce qui provoque soit de l'inflation, soit de la déflation, et une plus ou moins grande facilité d'exportation de ces produits, dans l'intérêt de ces États-Nations.

Mais, de façon plus générale, l'interventionnisme étatique, dans le domaine de la monnaie, a été catastrophique. En 1919, lorsque les gouvernements européens ont détaché la monnaie par rapport à l'or, ils ont instauré un processus inflationniste. L'équivalence entre la quantité de produits et la masse monétaire disponible en circulation a été effectivement rompue, aboutissant à une inflation très forte, et un processus de déficit chronique lancinant et grandissant des États. C'était une façon pour les États de « corrompre » les populations en leur faisant croire qu'elles étaient « plus riches », mais seulement quantitativement et non qualitativement. Cette inflation a atteint un niveau totalement hors de toute raison où un dollar était égal à... 4200 milliards de Marks, en 1923 (cause principale de la crise de 1929).

La Politique Agricole Commune

Les principes protectionnistes de la Politique Agricole Commune visaient à empêcher l'importation, notamment de riz asiatique (Inde, Chine, Thaïlande) et du maïs américain (États-Unis, Mexique), en agissant artificiellement sur la quantité de produits sur le marché, et donc sur les paramètres de la loi de l'offre et de la demande. L'effet a été d'empêcher l'exportation de blé européen, puisque les autres régions du monde ont pris des mesures de rétorsion contre l'Europe. Ce qui n'a pas empêché, malgré tout, l'importation du riz et du maïs (moins chers que le blé) et produit des faillites de sociétés agricoles européennes qui n'avaient que peu de débouchés à l'international, alors que, en fait, la concurrence entre le riz, le maïs et le blé était une fausse concurrence (chaque céréale jouant un rôle particulier dans l'alimentation).

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

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