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Démocratie, le dieu qui a échoué

De Wikiberal
Démocratie, le dieu qui a échoué
Democracy: The God That Failed
Démocratie, le dieu qui a échoué.jpg
Auteur : Hans-Hermann Hoppe
Genre
philosophie politique
Année de parution
2001
Interwiki
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Démocratie, le dieu qui a échoué (Democracy: The God That Failed), ouvrage de philosophie politique publié en 2001 par l'économiste Hans-Hermann Hoppe, démonte les mythes qui entourent la démocratie en appliquant la théorie économique autrichienne à la politique et à l'histoire.

Pascal Salin a préfacé la traduction française élaborée par Stéphane Geyres et Daivy Merlijs en 2019.

Le titre du livre est une référence à The God that Failed, un ouvrage rédigé en 1946 par six auteurs communistes ou sympathisants communistes (notamment Arthur Koestler et André Gide), décrivant leur expérience du communisme et la désillusion qu'ils en avaient tirées.

L'ouvrage « décrypte les démocraties modernes à travers leurs différents échecs », qui incluent l'augmentation continuelle du taux de chômage, l'augmentation de la dette publique et les problèmes systémiques des systèmes de sécurité sociale. Hoppe attribue ces échecs de la démocratie à l’existence de groupes de pression qui cherchent à augmenter les dépenses publiques mais aussi à l’existence de régulations et de taxes qui manquent de contrepoids pour en limiter les effets pervers.

L'auteur envisage comme solution la sécession politique, « permettant de réattribuer la gestion de la richesse nationale, la transférant d'un État surdimensionné et central à une entité étatique plus petite et à échelle régionale », et « permettant par la même de libéraliser les rapports entre les acteurs économiques, les échanges et les flux migratoires ». Hoppe en conclut que la démocratie est la principale cause de la « décivilisation » qui a commencé au début du XXe siècle après la Première Guerre mondiale, et qui doit être aujourd'hui combattue.

Hoppe définit la démocratie comme « un gouvernement de propriété publique », qu'il compare à la monarchie qu'il définit comme « un gouvernement de propriété privée », concluant que cette dernière est préférable à la démocratie. Cependant, Hoppe souligne que la démocratie et la monarchie sont tous les deux des systèmes caducs et qu'il privilégie pour sa part une autre forme d'organisation qu'il nomme l'Ordre naturel, un système exempté de taxes et de monopoles coercitifs au sein duquel chaque acteur serait libre.

La préférence temporelle, l’État, et le processus de décivilisation

Le premier chapitre pose l’objectif général, les bases théoriques, et la perspective historique et politique qui serviront d’épine dorsale aux chapitres suivants. Le lecteur y trouvera un texte riche et dense, où chaque phrase compte, mûrement pesée mais restant très accessible, sur le lien entre civilisation et la nature privée ou pas du régime politique. Nous n’avons pas affaire à une vague critique simplement polémique, dont il serait facile de balayer les arguments d’un revers de main. Les pages tournent et la démocratie se révèle, face à la civilisation.

La monarchie, la démocratie, et l’idée d’ordre naturel

Hoppe nous propose dans le second volet, l’analyse historique factuelle de la déchéance et de la perte de liberté venues avec et par la démocratie moderne. Ce qu’il appelle la concentration sur le présent des individus, par opposition à leur orientation vers le futur, y est ainsi révélé comme le fait décivilisationnel majeur marquant le XXe siècle. Ceci à la fois à partir d’un exposé théorique limpide, dans la pure tradition a priori des économistes autrichiens, puis à partir d’une foule de données empiriques historiques choisies en cohérence. L’exposé théorique comme historique établit, sans laisser grande place au doute, la hiérarchie nette qu’il dessine ce faisant entre liberté, monarchie et démocratie. Par cette critique rigoureuse et systématique, ce texte est un de ses plus incisifs qui soit envers la démocratie, et il a probablement contribué à la réputation erronée de Hoppe comme monarchiste. Il a contribué également à forger son statut de leader anti-politiquement correct de la pensée libérale et de l’héritage des Lumières occidentales.

Monarchie, démocratie, opinion publique et délégitimation

Le troisième chapitre consolide la critique que Hoppe a engagé de la démocratie sous un angle nouveau, qui nous apporte un regard neuf sur le grand Ludwig von Mises et ouvre la voie au thème majeur de la sécession. L’épine dorsale de l’analyse est constituée d’une analyse critique systématique de la démocratie face aux principes centraux du libéralisme classique, d’abord sous l’angle sociologique, puis économique. Mais ces principes, Hoppe va les chercher dans l’ouvrage de référence de Mises, « Liberalismus », où il nous fait prendre conscience que l’auteur de « L’Action Humaine » était aussi un adepte du droit à la sécession. Par cette habile juxtaposition de l’analyse méthodique et d’un saupoudrage de quelques morceaux choisis, nous voilà pris dans un triple piège. Le premier est limpide, la démocratie n’est pas libérale, elle ne suit pas les principes de liberté, cela sans surprise. Plus neuf, c’est par la sécession que notre liberté pourra venir, et non par la voie démocratique. Enfin, par son net soutien en faveur de la sécession, l’auto-détermination, Mises se révèle comme véritable proto-libertarien qui vient prendre à revers bien des libéraux demeurés démocrates.

Démocratie, redistribution, et destruction de la propriété

Dans un court quatrième chapitre, Hoppe se focalise sur la dynamique sociale de cette forme de régime, désormais plus ou moins universelle. Par une analyse économique simple mais redoutable, il montre que la démocratie est au contraire tout sauf sociale, puisqu’elle promeut et favorise à terme, par essence même, tout ce qui est à l’origine des dysfonctionnements sociaux et, plus largement, de la civilisation. Il est d’usage et de bon ton de considérer que la démocratie serait depuis un siècle au moins la source de notre prospérité, et d’un « progrès social » présumé. La réponse claque : « Reconnaître la démocratie comme une grande machine de redistribution populaire de richesses et de revenus, conjuguée à un des principes les plus fondamentaux de toute l’économie, à savoir qu’on finira par avoir plus de tout ce qui est subventionné, fournit la clé pour comprendre l’époque actuelle. »

Centralisation et sécession

Au chapitre 5, Hoppe ne traite pas de démocratie, justement, du moins pas directement. Il s’intéresse à l’appétit glouton, sans fin et sans faim, de l’État, largement caractéristique des démocraties modernes, qui aspire à et nous aspire vers un État mondial unique. À l’inverse de bien des fausses « élites » actuelles, Hoppe voit dans une telle perspective le spectre de la tyrannie absolue, celle que l’URSS n’avait pas réussi à réaliser, mais que d’autres forces depuis s’activent à mettre en place. Il étudie ainsi le rôle, l’influence politique et économique comparées de la centralisation étatique face à la décentralisation que le phénomène de sécession matérialise. L’exercice n’est pas que théorique, car l’histoire de la fin du XXe siècle est riche d’exemples de pays ayant implosé qui chacun à sa manière illustre sa thèse : les gens n’aspirent pas toujours à un État unique, les pays de grande taille ne sont pas autant de garanties de prospérité, encore moins de liberté. Et tout porte à croire que la vague de sécessions post-URSS pourrait bien inspirer et séduire les nouvelles générations, en proie au doute face aux problématiques de notre temps...

Socialisme et désocialisation

Comment désocialiser un pays ? Dans ce sixième chapitre, Hoppe fait de nouveau une excursion hors de la critique pure de la démocratie, pour aborder la question de la sortie, de la « dédémocratisation ». À travers l’analyse très concrète des enjeux des pays de l’Europe de l’Est, qui au moment où le texte est écrit viennent de sortir du joug de l’URSS, en trois temps nous passons de celle-ci à l’Europe de demain. Il commence par régler une fois pour toutes son compte au mythe du socialisme qui prétend nous enrichir. Puis, et c’est probablement l’apport essentiel de ce chapitre, Hoppe prend les syndicalistes à contre-pied en retournant leur stratégie de destruction du capitalisme pour en faire celle du découpage de la propriété collective, redevenue ainsi propriété privée. Enfin, il applique cette stratégie dans son principe pour expliquer comment l’Europe de l’Est aurait pu mieux se libérer. Certes, il constate que les choses se sont passées autrement. Mais nous n’avons pas tout perdu pour autant, car il nous laisse un outil majeur, qui demain pourra servir à toute sécession libérale.

Libre immigration et intégration forcée

Le sujet du chapitre 7 est sans nul doute un de ceux qui, politiquement incorrects, ont contribué à la célébrité, pour ceux qui ont su le lire, et à la réputation de H-H. Hoppe comme « faux libertarien », « d’extrême droite », voire « fasciste » pour tant d’autres. Le sujet de l’immigration hante l’actualité, en Europe comme ailleurs, depuis une bonne dizaine d’années au moins, et fait toutes les unes au moment où nous publions cette traduction. Le texte pourtant fut écrit il y a environ vingt ans (en 2001) et ne peut être accusé d’être de circonstance. En réalité, l’analyse qu’il développe est tout ce qu’il y a de rationnelle, comme toujours chez cet auteur. La logique y est sans appel. Par nature, la démocratie impose à tous la décision des démagogues mis au pouvoir, qui ont intérêt à attirer des populations de dépendants. En supprimant le droit de propriété privée et le droit d’exclusion qui s’y rattache, elle affaiblit les autochtones et favorise ainsi ce qu’il appelle l’immigration forcée, que nous subissons de plein fouet. Hoppe ne critique pas les immigrés, mettant ainsi ses critiques en défaut. Il sait voir que la situation actuelle est en réalité la faute de nos États et de la démocratie. Et nous montrer la voie pour un retour à une société libre et apaisée, où chacun est bien chez soi.

Libre-échange et immigration limitée

Le chapitre 8 est le second s’intéressant à l’immigration, sujet sensible de notre actualité depuis quelques deux générations, qui déchire trop souvent les libéraux. Cette fois, Hoppe s’attaque au parallèle que certains font entre immigration et libre échange. Si la liberté suppose et requiert le libre commerce, c’est-à-dire la libre circulation des biens et des services échangés, comment se pourrait-il que la liberté ne commande pas de même la libre circulation des personnes, et donc la libre immigration ? Tel est l’argument point de départ. Fidèle à son habitude, l’auteur dissèque les deux concepts sous un angle qui pourrait bien prendre le lecteur à contre-pied. Celui-ci l’attend sur le terrain économique, mais c’est sur celui de la propriété privée qu’il nous déroule son analyse. La conclusion n’est guère une surprise : les gens ne sont pas des marchandises. L’immigration n’est pas un simple voyage de marchandises qu’on consomme. L’analogie trouve ainsi vite ses limites. Alors comment aborder la question ? Et que faire quand un pays se trouve dans une situation de crise ? Les politiciens actuels pourraient valablement s’inspirer des conseils réalistes de l’auteur.

Coopération, tribu, ville et État

Le neuvième chapitre nous fait un moment sortir des thèmes principaux de l’ouvrage, qui tournent plus étroitement autour de la critique de la démocratie. Cette fois, Hoppe nous raconte en accéléré l’histoire et l’évolution des grandes villes. Elles ont en effet marqué et marquent encore l’histoire de la civilisation, celle de l’évolution de l’organisation sociale, mais aussi celle de l’État. L’auteur analyse, étape par étape, l’influence de ce qu’on appellerait désormais la « diversité » dans la prise de pouvoir progressive des acteurs proto-étatiques, montrant, par analogie inavouée avec notre actualité, combien la mixité sociale est source de prétextes pour l’apprenti politicien, qui joue sur les jalousies pour en tirer des fragments de pouvoir. Il est bien connu que les villes sont à la pointe de l’évolution sociale et du « progrès ». Néanmoins, l’auteur nous les révèle dans sa conclusion plutôt comme les fers de lance de la décadence, de la décivilisation, car c’est chez elles que l’État puise le plus gros de son pouvoir et de son soutien populaire. Hoppe fait un bilan clair et sans appel : de même que la démocratie est la source du carburant étatique, ce sera hors des villes qu’il nous faudra aller refonder l’espoir associé aux sociétés libres et sécessionnistes de demain.

Conservatisme et libertarianisme

Le dixième chapitre aussi sort ponctuellement du strict thème de la démocratie pour aborder une question majeure pour le mouvement libertarien, et au-delà pour sa position, voire pour son rôle envers la civilisation occidentale : le libertarien peut-il être un conservateur, et de même un conservateur peut-il ne pas être un libertarien ? Beaucoup trouveront cette question pour le moins surprenante, voire choquante en elle-même. Après tout, le libertarien se dit n’être ni de gauche, ni de droite, c’est là comme un credo. Hoppe pour s’expliquer, puis répondre, va, dans une première partie, rappeler d’un côté ce qui fonde le conservatisme tel qu’il peut faire vraiment sens, et en parallèle revenir sur les fondamentaux de la liberté et du libertarien. Il fait ensuite un détour par l’histoire des libertariens américains, éclairant le lecteur sur ce qui y a poussé tant de brebis de la liberté à s’égarer vers un libertarianisme de gauche presque incompatible avec la sacro-sainte propriété privée et trop conciliant avec l’État ennemi. Nous donnant au passage une des meilleures synthèses quant à l’organisation de la société libre, celle des 1000 Liechtenstein futurs, l’auteur conclut qu’en effet, le libertarien est en réalité un conservateur. Mais un conservateur d’une autre gamme, d’une autre rigueur et exigence. Le libertarien est en fait ce conservateur qui porte haut les anciennes traditions du droit et de la famille, comme les éléments fondamentaux de la véritable société libre, hors du compromis.

Les erreurs du libéralisme classique et le futur de la liberté

Le chapitre onze ne porte pas tant sur la démocratie que sur le libéralisme classique. En effet, historiquement, la démocratie ne fut finalement que la forme de régime apportée en réponse par les libéraux à l’autocratie monarchique. Hoppe revient ainsi ce qu’il qualifie « d’erreur fondamentale » du libéralisme, qui permit à la démocratie d’être conçue, de voir le jour et de dégénérer vers la social-démocratie actuelle. Cette erreur, c’est bien sûr celle de n’avoir pas su garder la cohérence des principes de la liberté et de penser l’État monopole du régalien comme seule conclusion et mise en œuvre possible de la liberté. Au-delà de cette erreur purement théorique, l’auteur remet en perspective la « fin de l’histoire » supposée, celle en réalité de la social-démocratie et non des idées de liberté, pour en tirer l’occasion majeure pour les libéraux de rebondir et revenir au devant de la scène, grâce un radicalisme retrouvé et de nouveau affirmé, porteur des espoirs attendus par tous. Un libéralisme renaissant de ses cendres devra rétablir sans concession la propriété privée au cœur de sa doctrine, de sa vision du futur. À défaut, il irait irrémédiablement à sa perte...

L’État et la production privée de la sécurité

Parmi les croyances les plus populaires, et les plus fortes en conséquences de notre époque, figure la croyance en la sécurité collective. Rien de moins significatif que la légitimité même de l’État moderne repose sur cette conviction. Pourtant, l’idée d’une sécurité collective est un mythe qui n’apporte aucune justification à l’État moderne. Les propriétaires privés, la coopération fondée sur la division du travail et la concurrence sur le marché peuvent et doivent fournir une sécurité contre l’agression. Hoppe aborde cette fois le sujet le plus difficile de la théorie économique et politique : la sécurité. Il affirme que le service est mieux assuré par les marchés libres que par l’État, tout en abordant une litanie de contre-arguments. Voilà une modernisation importante d’un argument rarement avancé, même dans la tradition libertarienne.

L’impossibilité d’un État limité et la perspective d’une révolution

Au dernier chapitre, l’auteur observe et analyse la démocratie (américaine). Il nous conduit pas à pas dans son analyse au scalpel des trois traits qui souvent, auprès de l’opinion, la rende à la fois célèbre, source de fierté et en font une référence institutionnelle pour de nombreux libéraux : il dissèque ses racines prises chez les pionniers et leurs chariots, la révolution américaine comme moment historique ayant permis de fonder un système libre nouveau, et enfin sa constitution, catalysant le tout ; cette constitution qui demeure à ce jour la plus « pure » et la plus stable à la fois. Pourtant, en décortiquant non pas le texte de la Constitution, mais son objet même et ses tensions intrinsèques, Hoppe en fait une espèce de paradoxe du Crétois, comme si elle nous disait « Je suis une menteuse », qu’il faudrait croire aveuglément. Par une analyse économique basée sur les techniques acquises aux autres chapitres, il souligne froidement comment le simple intérêt personnel des gouvernants ne peut que s’imposer à un texte inanimé et sans défense, et en déformer inéluctablement la portée et l’efficacité. Hoppe conclut avec un enseignement fort quant à la manière réaliste qui s’offre aux libéraux de reconquérir la liberté que nous avons laissée éroder depuis deux siècles en Occident, s’inspirant des deux sécessions qui ont marqué l’histoire du Nouveau monde. Dernier chapitre de Democracy, il scelle définitivement tout espoir à un libéral constitutionnaliste voyant notre avenir libre venant d’une VIe République.

Citations sur Démocratie, le dieu qui a échoué

  • En lisant ce livre on a la preuve que la vraie science économique n’est pas celle qui est formellement sophistiquée et difficile d’accès (comme le sont les modèles économétriques à la mode), mais celle qui est fondée sur des principes essentiels, développée de manière logique et éventuellement très lisible. Or, il est intéressant de constater que cela n’empêche pas de tenir compte, dans cette démarche rigoureuse, de phénomènes dont la définition peut paraître nécessairement floue, par exemple la culture et les traditions (ce qu’un économiste mathématicien et un économètre ne peuvent jamais prendre en compte). On a malheureusement séparé l’éthique et l’économie depuis longtemps, de telle sorte que la science économique ignore généralement et à tort les droits de propriété. Hans-Hermann Hope souligne l’importance de la propriété à bien des points de vue et il permet de comprendre pourquoi l’éthique doit être considérée comme le fondement de toutes les analyses concernant le fonctionnement des sociétés humaines. (Pascal Salin)
  • Ce livre enflammera le domaine de l'économie politique, et personne intéressé par ces sujets ne peut se permettre de s'en passer. (Walter Block, "Democracy: The God that Failed: A Review". American Journal of Economics and Sociology, 2002)

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