Paternalisme

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Le paternalisme est l'attitude d'une personne au pouvoir, d'une collectivité, d'un pays, d'un patron, qui, sous couvert de protection désintéressée, cherche à imposer une tutelle, une domination, par un comportement à la fois bienveillant et autoritaire.

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Description

Le paternalisme est une tendance qui se retrouve autant dans le patronat du XIXe siècle (Frédéric Le Play) que dans la notion contemporaine de "solidarité", d'assistanat et d'Etat-providence.

Certains auteurs, tel Ruwen Ogien, qui examinent l'aspect éthique plutôt que politique, définissent le paternalisme comme l'attitude qui consiste à vouloir protéger les gens d'eux-mêmes ou à essayer de faire leur bien sans tenir compte de leur opinion. Ruwen Ogien distingue ainsi :

  • le moralisme d'État : les mesures coercitives sont justifiées par la « morale positive » d'une société donnée[1] ;
  • le paternalisme d'État : les mesures coercitives sont justifiées par des principes généraux (« dignité humaine », « nature humaine », …)[2]

On distingue aussi :

  • le paternalisme « fort », qui vise à protéger les personnes d'elles-mêmes sans leur consentement ;
  • le paternalisme « faible », qui ne s'exerce que dans les cas où les personnes sont dans l'incapacité temporaire ou permanente de délibérer par elles-mêmes.

On peut distinguer aussi :

  • le paternalisme organisé (interventions coercitives de l'État) ;
  • le paternalisme diffus, informel, de tout un chacun (appel au bon sens, moquerie, ostracisme, etc.)

Un certain nombre de décisions étatiques ou de dispositions légales sont motivées par un paternalisme qui prétend protéger les individus (y compris contre eux-mêmes !) tout en niant d'une certaine façon leur autonomie : campagnes prophylactiques (depuis « lavez-vous les mains » jusqu'à la prévention du sida), limitation de la liberté d'expression, répression de la prostitution ou de la pornographie, interdiction de la vente et du port d'armes, de la vente d'organes, pénalisation de l'usage des drogues, de l'euthanasie ou du suicide dans certains pays, etc.

Friedrich Hayek souligne l'autoritarisme de l'État-providence paternaliste et redistributeur, autoritarisme identique à celui d'un État socialiste :

« L'État-providence devient un foyer où un pouvoir paternaliste contrôle la plupart du revenu de la communauté et l'alloue aux individus dans la forme et les quantités qu'il juge appropriées. »
    — La Constitution de la liberté
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Paternalisme libéral

Le concept de paternalisme libéral (libertarian paternalism[3]) a été forgé en 2003 par les économistes Richard Thaler et Cass Sunstein. Il correspond à l'idée selon laquelle les institutions publiques et privées ont le droit d'influencer le comportement des personnes tout en respectant leur liberté de choix (possibilité d'opt-out). Les institutions cherchent à favoriser un comportement "rationnel". Exemples :

  • la loi établit qu'on est par défaut donneur d'organes (opt-out préalable requis si l'on s'y oppose)
  • les déductions fiscales encouragent certains comportements (épargne, santé)
  • les taxis new-yorkais ont augmenté leurs revenus en proposant un paiement par carte bancaire incluant un pourboire par défaut d'au moins 15 %

Le terme de "paternalisme libéral" est contesté, puisque ces pratiques relèvent d'une coercition cachée.

Notes et références

  1. Par exemple, la sodomie a été pénalisée dans plusieurs États des Etats-Unis, et n'est tolérée que depuis un arrêt de la Cour suprême du 26 juin 2003.
  2. Il s'agit par exemple de l'interdiction de la vente d'organes, de l'euthanasie, de la prostitution, du duel, du lancer de nains, etc.
  3. Article Wikipédia Libertarian paternalism

Bibliographie

  • 2003, Cass R. Sunstein et Richard H. Thaler, "Libertarian Paternalism", American Economic Review, vol 93, n°2, may, pp175–179
  • 2006, Edward Glaeser, "Paternalism and Psychology", University of Chicago Law Review, vol 76, winter, pp133–156

Voir aussi

Citations

  • « La Règle du Paternalisme : fais aux autres ce que toi, de par ta sagesse suprême, tu sais devoir leur faire pour leur plus grand bien. »
        — Thomas Szasz
  • « Paternalisme : principe moral ; enseigne que l'on peut tout accorder à l'autre, à l'exception du respect. Doctrine selon laquelle personne n'est prêt à assumer sa liberté et à s'auto-déterminer, sauf naturellement celui qui parle et le groupe dont il fait partie. »
        — Thomas Szasz
  • « Il est dangereux de penser que nous ayons besoin d'un gouvernement pour nous protéger contre nous-mêmes. »
        — Ron Paul
  • « Il est assez étrange qu’à moins d’avoir un esprit criminel et aucun respect pour les autres et leur propriété, personne ne prétende qu’il soit permis d’aller chez son voisin et de lui dire comment se comporter, ce qu’il peut manger, fumer et boire ou comment dépenser son argent. Pourtant, on se demande rarement pourquoi il serait moralement acceptable qu’un étranger avec un badge et une arme puisse faire la même chose au nom de la loi et de l’ordre. »
        — Ron Paul
  • « Tous les choix ne doivent pas être respectés, mais ceux qui concernent l’utilisation de sa propre personne et qui sont suffisamment bien informés, réfléchis, et libres doivent l’être — même s’ils sont erronés. Le respect de la volonté autonome actuelle d’un agent est moralement antérieur à la protection de sa capacité pour l’autonomie. »
        — Peter Vallentyne
  • « Ne dites jamais que le désir de « faire le bien » par la force est une bonne intention. Ni la soif de pouvoir ni la stupidité ne sont de bonnes intentions. »
        — Ayn Rand
  • « L'humanité gagnera davantage à laisser chaque homme vivre comme bon lui semble qu'à le contraindre à vivre comme bon semble aux autres. »
        — John Stuart Mill, De la liberté
  • « La seule raison légitime que puisse avoir une communauté civilisée d'user de la force contre un de ses membres, contre sa propre volonté, est d'empêcher que du mal ne soit fait à autrui. Le contraindre pour son propre bien, physique ou moral, ne fournit pas une justification suffisante. »
        — John Stuart Mill, De la liberté
  • « Vous ne pouvez pas aider les hommes continuellement en faisant pour eux ce qu'ils pourraient faire eux-mêmes. »
        — Abraham Lincoln, Déclaration au Congrès, 1860
  • « Un gouvernement qui serait fondé sur le principe de la bienveillance envers le peuple, tel celui du père envers ses enfants, c'est-à-dire un gouvernement paternel, où par conséquent les sujets sont tels des enfants mineurs incapables de décider de ce qui leur est vraiment utile ou nuisible… un tel gouvernement, dis-je, est le plus grand despotisme qui se puisse concevoir. »
        — Emmanuel Kant
  • « Un État qui se projette en mère toute puissante est un état fascisant. Le citoyen d'une dictature revient au stade du bébé : langé, nourri et tenu au berceau par une force omniprésente, qui sait tout, qui peut tout, a tous les droits sur lui, pour son propre bien. L'individu est débarrassé de son autonomie, de sa faculté de se tromper, de se mettre en danger. C'est ce vers quoi notre société tend. »
        — Virginie Despentes, King Kong théorie
  • « Plus j‘y réfléchis, plus je trouve que la chose est commode, et il me tarde d‘avoir, moi aussi, à ma portée, cette source intarissable de richesses et de lumières, ce médecin universel, ce trésor sans fond, ce conseiller infaillible que vous nommez l‘État. »
        — Frédéric Bastiat
  • « Le gouvernement excelle dans une chose : vous casser les jambes et vous tendre une béquille en vous disant : « vous voyez, sans le gouvernement vous ne pourriez pas marcher ». »
        — Harry Browne
  • « Une des plus tristes caractéristiques de notre temps est que nous avons diabolisé ceux qui produisent, subventionné ceux qui refusent de produire et canonisé ceux qui se plaignent. »
        — Thomas Sowell
  • « Nos plus grands problèmes trouvent leur source dans quelque chose d’aussi admirable et sensé que dangereux : dans notre impatience à améliorer le sort de nos semblables. »
        — Karl Popper
  • « Il passe une corde au cou de l'humanité et s'écrie : « Allons, tais-toi, tout cela est pour ton bien. » »
        — Johann Gottlieb Fichte
  • « Par rejet de la démocratie directe, surenchère démagogique, refus de la transparence, le politicien professionnel se voit en sauveur, infantilisant les individus, limitant leurs choix, multipliant les interdits au nom de la sécurité ou de la volonté générale dont il se croit l’interprète. »
        — Alain Toullec, Des Élus, pour Quoi Faire ?, Libres ! 100 idées, 100 auteurs
  • « Je crois maintenant avoir suffisamment démontré pour mon dessein combien est dangereux tout effort de l'État tendant à combattre ou seulement à prévenir la corruption des mœurs, pourvu qu'elle ne porte pas directement atteinte au droit d'autrui ; combien peu on doit en attendre de conséquences salutaires sur la moralité, et combien une pareille action, exercée sur le caractère du peuple, est peu nécessaire, même pour le seul maintien de la sécurité. »
        — Wilhelm von Humboldt, Essai sur les limites de l'action de l'État
  • « Pourvu que le législateur se charge lui-même d’enlever aux hommes leur indépendance, ils sont à peu près contents. »
        — Alexis de Tocqueville
  • « La justice ne commandant rien que de négatif, on peut l'imposer : tous en effet peuvent également pratiquer le « neminem læde ». La puissance coercitive, ici, c'est l'État, dont l'unique fin est de protéger les individus les uns contre les autres, et tous contre l'ennemi extérieur. Quelques philosophailleurs allemands, tant notre époque est vénale ! ont tâché de le transformer en une entreprise d'éducation et d'édification morales : on sent là-dessous le jésuite aux aguets, prêt à supprimer la liberté des personnes, à entraver l'individu dans son développement propre, pour le réduire à l'état de rouage dans une machine politique et religieuse à la chinoise. C'est par cette route qu'on aboutit jadis aux inquisitions, aux autodafés, aux guerres de religion. »
        — Arthur Schopenhauer, Le fondement de la morale
  • « Les étiquettes politiques (...) ne sont pas pertinentes. Le genre humain se divise politiquement entre ceux qui veulent contrôler la vie des autres, et ceux qui n'éprouvent pas ce besoin. »
        — Robert Heinlein
  • « L'humilité est la vertu de celui qui croit en la liberté ; l'arrogance est le propre du paternaliste. »
        — Milton Friedman

Liens externes

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