Vous pouvez contribuer simplement à Wikibéral. Pour cela, demander un compte à admin@liberaux.org. N'hésitez pas!



Romance du leadership

De Wikiberal

La théorie de la romance du leadership[1] se réfère à la tendance qu'ont les individus d'attribuer la responsabilité de la performance d'une organisation (entreprise, club, nation, etc...) à un leader sans tenir compte d'autres facteurs qui pourraient être également influents.

La fascination sociétale pour un/une leader

L'examen de la littérature sur le leadership et les travaux empiriques démontrent que les gens sur-évaluent la performance des leaders lorsque ces résultats peuvent leur être attribués. Il existe donc un effet de halo pour les qualités de leadership. Si un individu est perçu comme un leader efficace, ses défauts personnels et les pauvres performances organisationnelles sont mises de côté sans attention particulière.

Cette soi-disant "Romance du Leadership" est largement produite par notre consommation de la presse populaire. Que ce soit sous la forme de portraits dans les reportages télévisuels sur des personnages célèbres ou dans des articles de presse révélant des secrets inédits sur l'efficacité du leadership, ces images reflètent notre appétit de consommer des produits qui promettent d'enrichir et d'améliorer nos vies. Ces images du pouvoir du leadership nous fascinent culturellement et elles servent aussi à nous focaliser sur les personnages et les caractéristiques des leaders eux-mêmes : le prestige, le charisme ou l'héroïsme. A notre insu, la société fabrique des stéréotypes culturels du "grand leader”. En tant que "suiveurs", nous réagissons et nous sommes plus influencés par nos constructions de la personnalité du leader que nous le sommes de la « vraie » personnalité du leader. La romance du leadership explique en partie la perte de responsabilité individuelle. Nous solidifions et nous pérennisons notre perception du leadership négatif en imaginant un lien cognitif de "causalité" entre nos propres attitudes et comportements et celles que le leader vient de faire ou est en train de faire. Autrement dit, si nous échouons, nous pensons que c'est le leader qui nous a fait échouer.

La romance comme heuristique du phénomène complexe du leadership

Tout comme l'explique la théorie de la complexité sur la compréhension des phénomènes complexes, les gens utilisent des explications cognitivement simples (des heuristiques) plutôt que de réfléchir sur la complexité réelle d'un phénomène. En conséquence, les leaders et les questions de leadership deviennent souvent des explications favorites pour divers événements. Pour le dire plus simplement, attribuer la bonne ou mauvaise performance de l'entreprise par l'influence du leader est plus facile que de prendre en considération le vaste ensemble de prédicteurs possibles.

Cette romance du leadership attribue le succès aux efforts des leaders alors qu'il existe certainement d'autres facteurs (de bons produits, de bonnes procédures, des clients fidèles, de bons employés, etc.), qui contribuent à la réussite de l'organisation. Un leader ne peut pas contrôler directement l'ensemble de ces éléments, pourtant tous les honneurs lui sont dus. La théorie de la "Romance du Leadership" nous encourage, en tant que "consommateurs de leadership", de remettre sans cesse en question la construction sociale du leader, et l'a priori 'positif' du leadership.

Mais, l'inverse se produit en cas d'échec. La "romance du leadership" nous amène également trop facilement à blâmer les dirigeants pour les résultats négatifs, même en l'absence de toute preuve réelle qu'ils sont blâmables pour ceci. Les exemples abondent dans le monde sportif parmi les entraîneurs et sélectionneurs des équipes de haut niveau. Pourtant, il est évident que même lorsque les affaires d'un dirigeant périclitent, cela ne signifie pas qu'il soit un mauvais leader. Parfois, ce sont les suiveurs qui aiment aussi le mythe du héros. Ce ne ne sont pas seulement les leaders qui font de l'auto-promotion, ce sont leurs employés qui les idolâtrent (ou les diabolisent) et qui préfèrent les explications simplistes plutôt que de s'atteler à chercher et à comprendre des raisons qu'ils n'arrivent pas à comprendre facilement et totalement.

Annexes

Notes et références

  1. James Meindl, décédé subitement en 2004, a laissé derrière lui un héritage fructueux sur la recherche universitaire qu'il a appelé « la romance du leadership ».

Bibliographie

  • 1988, Sanford B. Ehrlich, James R. Meindl, "Developing a romance of leadership scale", Proceedings of the Eastern Academy of Management, Vol 30, pp133-135
  • 1992, Boas Shamir, "Attribution of influence and charisma to the leader: The Romance of Leadership revisited", Journal of Applied Social Psychology, 22, pp386-407
  • 1995, James R. Meindl, "The romance of leadership as a follower‐centric theory: A social constructionist approach", The Leadership Quarterly, Vol 6, n°3, pp329‐341
    • Repris en 1998, In: F. Dansereau & F. J. Yammarino, dir., "Leadership: The multiple-level approaches - Part B: Contemporary and Alternative", Stamford, Connecticut: Jai Press, pp285-298
  • 2001, S. A. Haslam, M. J. Platow, J. C. Turner, K. J. Reynolds, C. McGarty, P. J. Oakes, S. Johnson, M. K. Ryan, K. Veenstra, "Social identity and the romance of leadership: The importance of being seen to be ‘doing it for us.’", Group Processes and Intergroup Relations, Vol 4, pp191−205
  • 2004, James R. Meindl, "The romance of teams: Is the honeymoon over?", Journal of Occupational and Organizational Psychology, 77, pp463-466
  • 2005,
    • J. Felfe, "Personality and romance of leadership", In: James R. Meindl et B. Schyns B, dir., "Implicit leadership theories – essays and explorations. The Leadership Horizon Series (Vol 3)", Greenwich, CT: Information Age Publishing, pp199–225
    • B. Jackson, "The enduring romance of leadership studies", Journal of Management Studies, 42(6), pp1311–1324
  • 2006,
    • Jörg Felfe & Lars-Eric Petersen, "Romance of leadership and management decision making", European Journal of Work and Organizational Psychology, Vol 16, n°1, pp1-24
    • Rajnandini Pillai, Mary Uhl-Bien, "The Romance of Leadership and the Social Construction of Followership", In: Michelle C. Bligh, Boas Shamir, Rajnandini Pillai, Mary Uhl-Bien, dir., "Follower-centered perspectives on leadership: A tribute to the memory of James R. Meindl", Greenwich, CT: Information Age Publishing, pp187‐209
    • Karl Weick, "Romancing, Following, and Sensemaking: James Meindl’s Legacy, In: Michelle C. Bligh, Boas Shamir, Rajnandini Pillai, Mary Uhl-Bien, dir., "Follower-centered perspectives on leadership: A tribute to the memory of James R. Meindl", Greenwich, CT: Information Age Publishing
  • 2010, Chamil Rathnayake, "Romance of Leadership in the Public Sector Higher Education in Sri Lanka", International Journal of Public Administration, Vol 33, n°7, May, pp390-401
  • 2011, M. C. Bligh J. C. Kohles, R. Pillai, "Romancing leadership: Past, present, and future", The Leadership Quarterly, Vol 22, pp1058–1077

Liens internes